
Le République
Durant la Première Guerre Mondiale, le dundee République, navire de pêche, coule au large de Penmarch. Il fait alors partie d’une escorte de plusieurs bateaux. Le patron, Jean-Marie RIOUAL et tous les membres d’équipage sont portés disparus.
Après la guerre, l’épouse de Jean-Marie fait toutes les démarches afin d’être indemnisée, au titre des dommages de guerre.
Le patron et sa famille
Jean-Marie Augustin vient au monde le 20 février 1872, à Névez. Il est le fils de Jacques, trente ans, marin, et de Clémence PENVEN, trente-deux ans, ménagère.
En tant que fils de marin, c’est tout naturellement que Jean-Marie effectue son service militaire dans la Marine.
Il s’inscrit au bureau de Concarneau le 16 février 1892. Matelot de 3e classe, il passe matelot de 2e classe le 1er décembre 1893, puis matelot de 1ère classe le 1er octobre 1894.
Il termine son service actif le 16 août 1895.
Le 4 mai 1898, Jean-Marie épouse Madeleine Yvonne GARREC. La cérémonie a lieu à Nizon, commune d’origine de Madeleine. Elle y est née le 15 juin 1871.
Madeleine est la fille d’Yves, cultivateur, et de Marie DERRIEN, ménagère.
Après leur union, Jean-Marie et Madeleine s’installent à Riec-sur-Belon.
Le 27 septembre 1899, Madeleine met au monde son premier enfant. C’est une petite fille, prénommée Marie Magdeleine.
Trois ans plus tard, Joseph Jean-François vient agrandir la famille. Il nait le 27 décembre 1902, à Riec.
La famille vit quelques années à Riec. Entre 1906 et 1911, elle vient s’installer durablement à Névez, au lieu de Kerdruc.
Le dundee République
Dans le courant de l’année 1908, Jean-Marie fait appel à Mr LEROY, constructeur à Beuzec-Conq. Il souhaite faire construire un dundee, qu’il nomme République.
Ce navire est fait principalement pour la pêche aux thons1.

Avec Le République, Jean-Marie peut ainsi parcourir les côtes bretonnes et subvenir aux besoins de sa famille.
Après quelques années de navigation, Jean-Marie doit laisser son bateau au port.
Le 1er août 1914, la France lance son ordre de mobilisation générale. Jean-Marie, qui a alors quarante-deux ans, a toujours des obligations militaires. Il est mobilisé2.
Bien qu’étant marin, il intègre l’armée de terre. Le 7 juin 1915, il rejoint le 86e Régiment d’Infanterie Territoriale, avant d’être versé au 88e RIT le 26 septembre suivant.
Jean-Marie retrouve la Marine à partir du 7 octobre 1916, avant d’être démobilisé le 22 décembre.
Il revient ainsi à la vie civile. Il retrouve son épouse et ses deux enfants.
Le 10 août 1917, Jean-Marie arme son navire et part en mer. En pleine guerre, il fait partie d’un convoi de sept autres bateaux de pêche, escorté par deux bateaux de la Marine.
Le 19 du même mois, le République quitte le convoi pour une raison inconnue. Plus personne ne le reverra. Il disparait au large de Penmarch avec à son bord avec hommes :
- Jean-Marie RIOUAL, le patron, quarante-cinq ans ;
- Joseph Jean-François RIOUAL, son fils, mousse, quinze ans ;
- Alain François MALCOSTE, marin, vingt ans ;
- Jean-Marie Louis LE MAOUT, marin, dix-huit ans ;
- Léon Jean-Marie GAOR, marin, dix-huit ans ;
- Clément GUYADER, marin, trente-huit ans ;
- Alain GUYADER, son fils, novice, seize ans.
Deux jours plus tard, le reste du convoi se fait attaquer par un sous-marin allemand.
Dommages de guerre ?
Après cette attaque, une question se pose. Le République a-t-il subi la même attaque ?
Peu après, l’épouse de Jean-Marie, Madeleine GARREC, demande à ce qu’une enquête soit ouverte. Elle veut savoir comment le navire a coulé, entrainant avec lui son mari et son fils.
Le 21 novembre 1918, le Tribunal Civil de Quimperlé établit un jugement déclaratif de décès. Il confirme que le navire a bien coulé le 19 août 1917, avec tout son équipage. Cependant, rien n’indique qu’il s’agit d’un fait de guerre.
Après des années d’enquêtes, la Commission d’évaluation des dommages de guerre tranche l’affaire en 1921.
Elle conclut ainsi :
En conséquence, la commission estime à l’unanimité qu’il y a de fortes présomptions que le dundee République ait été coulé par un sous-marin, et, qu’il y a lieu de reconnaître en vertu 32 de la loi du17 avril 1919 que le sinistre résulte d’un fait ou risque de guerre..
La perte du navire est donc liée à un fait de guerre. Madeleine peut ainsi faire une demande de dommages de guerre.
Sa demande est acceptée, et après quatre ans d’attente, elle est indemnisée. Elle a pour obligation de faire reconstruire un navire de pêche avec l’argent qu’elle reçoit.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Un léger oubli
Lorsque Jean-Marie a fait construire son navire en 1908, il n’était pas le seul propriétaire. Ils étaient en réalité quatre :
- Jean-Marie ;
- Louis TONAL, juge de paix à Châteauneuf-du-Faou ;
- Gustave CUZIAT, négociant à Bannalec ;
- René LE SCOUL, propriétaire à Audierne.
Chacun d’eux est propriétaire à 1/4. Après chaque saison de pêche, chacun reçoit 1/4 des bénéfices nets.
En tant que marin, Jean-Marie se charge des démarches administratives auprès de la Marine. Lorsqu’il réalise l’acte de francisation, il se déclare comme étant l’unique propriétaire du dundee.
De 1908 à 1917, ses copropriétaires ne s’aperçoivent de rien. Mais les choses changent après la guerre.
Ils apprennent, à leur dépens, que Madeleine doit toucher la somme de 75 000 francs de dommages et fait reconstruire un nouveau navire, le Stang Kerriou. Pour l’heure, elle n’a reçu que 18 000 francs.
Tout naturellement, ils lancent une procédure afin de récupérer les parts qui leur reviennent.
Madeleine n’aura pas le fin mot de l’histoire. Elle s’éteint chez elle, à Névez, le 23 mai 1922, un mois avant son cinquante et unième anniversaire.
C’est alors sa fille, Marie, unique survivante de la famille, qui reprend le flambeau.
Le 27 février 1924, le Tribunal civil de Quimperlé met fin à cette affaire.
Marie doit verser les trois quarts des indemnités aux copropriétaires. Ils seront également tous trois inscrits sur l’acte de francisation du Stang Kerriou.
Après le jugement, les quatre copropriétaires reçoivent les dernières indemnités au titre des dommages de guerre3.
Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G