
Le pardon breton
Le pardon breton est la fête religieuse par excellence. Elle a pour but d’honorer une figure sainte et se déroule entre la fin du printemps et le début de l’automne. Si vous avez déjà eu l’occasion de venir passer vos vacances d’été dans la région, vous avez sûrement vu ces processions, avec des personnes portant les costumes bretons traditionnels.
Dans son ouvrage Au pays des pardons, Anatole Le Braz1 note : On ne voyage pas en Bretagne, durant la belle saison, sans tomber à l’improviste au milieu d’une de ces fêtes locales.
Le pardon est l’occasion de se retrouver, de prouver sa foi, voire parfois d’espérer une guérison. Par exemple, si vous avez un problème de vue, vous pouvez venir au pardon de Saint-Jean-du-Doigt dans le Finistère. Il vous suffit de boire l’eau de la fontaine miraculeuse pour guérir.

Le jour du pardon à Saint-Jean-du-Doigt. AD29- Cote 2 Fi 251/54
Pour plus d’information, vous pouvez lire l’article de Véronique AVENAU sur le sujet, ici.
De mon côté, je vais vous parler de deux pardons bien particuliers pour leurs protagonistes.
Le Premier pardon
Le mardi 7 décembre 1875, Pierre BOUARD voit le jour à Cléden-Poher. Il est le fils de Jean BOUARD, tailleur de cinquante-deux ans et de Marguerite LE GOFF, quarante-sept ans. Il est le quatorzième et dernier enfant de la famille. Quatre de ses frères et sœurs sont morts en bas âge et trois sont morts nés.
Une semaine avant son douzième anniversaire, le 29 décembre 1887, sa mère décède. Elle a cinquante-neuf ans.
Comme pour beaucoup d’enfants issus de grandes familles, l’avenir professionnel de Pierre semble tout tracé. Le petit garçon sera prêtre. À l’âge de vingt ans, il est étudiant ecclésiastique au séminaire de Quimper.

Le Grand Séminaire- Quimper- AD29- Cote 2 Fi 232/228
Ce titre le dispense2 du service militaire. Il effectue celui-ci durant dix mois (12 novembre 1896-18 septembre 1897), au 118ᵉ Régiment d’Infanterie à Quimper. D’après sa fiche matricule, Pierre mesure 1,73 m. Il est blond aux yeux bleus, a un front ordinaire, une bouche et un nez moyens, le menton rond et un visage ovale. Il sait lire, écrire et possède un niveau d’instruction primaire.
Le 15 août 1900 est un jour tout particulier pour Pierre BOUARD, jeune homme de vingt-quatre ans. Ce jour-là, partout en France, on célèbre l’Assomption. Cléden-Poher, petite commune du Finistère, n’échappe pas à la règle.
Pierre est maintenant prêtre. Il célèbre sa première messe et son premier pardon dans l’église de son enfance, à Cléden-Poher, devant sa famille, ses amis et ses voisins. Un article paru dans le Courrier du Finistère note que ce pardon a eu un éclat tout particulier.

AD29- Le Courier du Finistère- Août 1900
Malheureusement, Pierre a une santé fragile. En effet, il souffre de bronchite chronique. Le 26 décembre 1900, il décède à Saint-Pol-de-Léon. Il vient tout juste d’avoir vingt-cinq ans.
L’occupation allemande
Près de quarante ans après la mort de Pierre BOUARD, nous voilà en pleine Seconde Guerre Mondiale, sous l’occupation allemande. À cette époque, tous les rassemblements, religieux ou non, sont strictement interdits.
Toutefois, l’intervention d’un homme va tout changer. Qui est-il ?
Adolphe Yves Marie DUPARC3 vient au monde le vendredi 6 février 1857, à Lorient. Il est le fils de Julien Pierre Marie, menuisier de trente ans et de Marie Perrine FURET, vingt-quatre ans.
Adolphe Yves Marie est le deuxième enfant du couple. Il a un frère, de deux ans son aîné. Après lui naissent huit frères et sœurs.
Tout comme Pierre BOUARD, Adolphe Yves Marie est, lui aussi, issu d’une famille nombreuse.
Adolphe Yves Marie étudie au Petit Séminaire de Sainte-Anne d’Auray, avant d’y devenir enseignant. Entre 1878 et 1895, il y est professeur d’histoire-géographie et d’anglais.
Entre-temps, le 20 février 1880, il est ordonné prêtre. En 1895, Adolphe Yves Marie quitte son poste d’enseignant au Petit Séminaire et prend son office dans l’église Saint-Louis, à Lorient.
Le 25 février 1908, Adolphe Yves Marie DUPARC est promu évêque de Quimper et du Léon. Le 10 mars suivant, il fait son entrée dans Quimper et attire déjà les foules.

Arrivée de Monseigneur DUPARC à Quimper le 10 mars 1908- AD29- Cote 2 Fi 232/513
Très investi dans la vie de ses paroissiens, Monseigneur DUPARC, connu pour être un très grand orateur, réussit à maintenir le moral des troupes lors de la Première Guerre Mondiale. Il participe également à la collecte de l’OEuvre du Paquet du Prisonnier. Il est aussi actionnaire de la Société Départementale des habitations à bon marché.
À chacun de ses déplacements, la foule vient nombreuse pour l’écouter et recevoir sa bénédiction. Autant dire qu’il possède une grande influence dans tous les milieux …
Le mercredi 19 juin 1940, les premiers soldats allemands entrent dans Quimper. L’occupation commence alors et l’administration allemande prend le relais sur l’administration française.
Tous les rassemblements sont interdits, y compris les rassemblements religieux, et par conséquent les pardons.
Cependant, Monseigneur DUPARC, par l’intermédiaire du Préfet du Finistère, va faire lever cette interdiction et obtenir de l’administration allemande l’autorisation d’organiser les pardons durant toute la saison de ceux-ci.

Autorisation d’organiser des pardons- AD29- Cote 200 W 22/385
Ainsi, les pardons ont de nouveaux lieu dans le département, comme, par exemple celui de Saint-Anne La Palud à Plonévez-Porzay, le 28 août 1943.

Le Progrès du Finistère- Samedi 21 août 1943- AD29
Adolphe Yves Marie DUPARC reste évêque de Quimper et du Léon, jusqu’à son décès, survenu à Quimper, le huit mai 1946, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.
- Anatole Le Braz (1856-1926). Professeur de lettres, folkloriste, poète… ↩︎
- Dispense : les jeunes dispensés effectuaient dix mois de service actif, contre trois à cette époque ↩︎
- Adolphe Yves Marie DUPARC (1857- 1946). Pour plus d’info, son dossier de légion d’honneur sur la Base Léonore ↩︎
Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.
Ayant vécu pendant trois ans tout près de Saint Anne d’Auray, et ma belle famille étant en partie originaire de Plonévez-Porzay, cet article me parle forcément! Bravo Noëline pour ce billet! Et je ne savais pas que les pardons avaient été interdits en 40….
Merci David 😊
Je l’ignorais également jusqu’à ce que je tombe sur le document en faisant mes recherches 🙂