Goémonier, mais quel est donc ce métier si particulier ?

Bien sûr, ce métier ne s’exerce pas partout sur le territoire. Il est spécifique à la Bretagne et à la Normandie, vous allez vite comprendre pourquoi.

Je vous explique tout, mais avant, petit retour en arrière.

Souvenirs d’enfance

Mais avant de vous parler de ce métier, petit retour en arrière. 

Lorsque vous étiez enfant (ou plus grand), vous avez peut-être eu l’occasion de partir en vacances au bord de la mer, en Bretagne ou en Normandie.

Si oui, souvenez-vous de ces algues qui vous chatouillaient lors de la baignade, ou qui s’étalaient sur la plage après chaque marée haute. Celles, parfois longues, avec des espèces de petites bulles, qu’il était très tentant d’essayer d’éclater.

Personnellement, j’ai passé de nombreux étés à jouer avec ces algues. Avec toutefois quelques frayeurs quand des petits crabes s’y cachaient.

Gluantes dans l’eau, craquantes une fois séchées au soleil, elles dégagent une odeur particulière : celle de l’enfance et des vacances, de l’eau salée et du sable chaud (oui, ça arrive en Bretagne).

En Bretagne ou en Normandie, cette algue se nomme goémon ou varech (varek pour la prononciation). Et cette algue, eh bien, elle se ramasse. Elle donne son nom au goémonier.

Le goémon

Nos ancêtres vivant sur le littoral utilisaient le goémon, des siècles avant que l’on découvre ses vertus nutritives.

Le goémon est un excellent engrais, et ça, nos aïeuls le savaient. Ils récoltaient donc le goémon, avant de le réprandre sur leur terre. Celle-ci, enrichie, donne de meilleures récoltes.

Cette algue servait aussi de moyen de chauffage, au même titre que la tourbe des Monts d’Arrée.

Même si le goémon se trouve sur tout le littoral, il n’est pas question de le récolter n’importe comment. Le premier encadrement date de l’Ordonnance de la Marine de Colbert, en 1681. Voici quelques règles :

  • Les habitants vivant sur les côtes doivent se réunir le premier dimanche de chaque année. Ensemble, ils définissent le début et la fin de la coupe du goémon.
  • Interdiction pour les habitants de couper l’algue de nuit et en dehors des temps de récolte, mais aussi sur une autre paroisse (commune) que la leur.
  • Personne ne peut s’approprier un « coin » en particulier. Dans sa commune, chacun peut récolter le goémon là où il veut.
  • Petite exception néanmoins : tout le monde peut récolter l’algue arrivée sur la plage avec les vents et marées.

Le goémonier

La pratique se professionnalise à partir des années 1950. Mais ce métier est bel et bien ancien.

Chez nos ancêtres, il n’y a pas de « profil type » du goémonier. Ceux qui ramassent le goémon sont aussi bien des hommes, que des femmes ou des enfants (10-12 ans).

Sur la plage, les goémoniers ramassent l’algue remontée sur la plage avec la marée. Pour ce faire, ils grattent le sable avec des râteaux de grève.

Ils font ensuite des petits tas, avant de les mettre dans des paniers, que les hommes portent ensuite sur leurs dos, ou sur des charrettes1, tirées par de chevaux.

En pleine mer, les goémoniers, sur leur petite barque, arrachent le goémon à la main. Certains utilisent parfois une guillotine, qui facilite l’arrachage.

Une fois que le goémon est ramassé, il fallait le vendre afin de subvenir aux besoins du foyer.

Hormis le chauffage et l’engrais (sel de potasse), le goémon a de multiples usages dans l’industrie.

Mais avant de l’exploiter, il faut le faire sécher, puis le brûler.

Une fois sec, le goémon est mis dans un four et un feu est allumé. Il est ensuite régulièrement alimenté2. Après plusieurs heures de patience, le feu s’éteint et le goémon refroidi s’est transformé en cendres.

Ces cendres, compactes, forment ce que l’on appelle « un pain de soude ». Au XVIIᵉ siècle, ces pains de soude servent dans l’industrie verrière.

En plus de cela, le goémon est une excellente source d’iode, nécessaire à la fabrication d’hormones thyroïdiennes.

En bref, le goémon a de nombreuses vertus et utilités.


Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.

  1. Ramasseur de goëmons à Concarneau, AD29, 2 Fi 39/176 ↩︎
  2. Bruleurs de goémon au Conquet, AD29, 2 Fi 40/50 ↩︎

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