Je m’appelle Nicole Marguerite Lefevre, native d’Épernay, dans la Marne. Laissez moi vous raconter ma vie sous l’Ancien Régime.

Ma naissance et mon enfance

Je pointe le bout de mon nez le lundi 19 juillet 1717, dans le domicile familial, à Épernay. 

Mes parents, Pierre LEFEVRE et Jeanne Françoise LE ROY, sont mariés depuis quatre ans. Je suis leur troisième enfant. 

Ma grande sœur, Jeanne, a trois ans, et mon frère, Jean, a seize mois.

Le lendemain, papa me conduit à l’église pour mon baptême. Cela vous parait précipité, mais à mon époque, plus vite nous étions baptisés, mieux cela était. Si je viens à mourir, je peux aller au paradis.

Mon parrain, Jean LEFEVRE et ma marraine, Nicole Marguerite PETIT, me portent sur les fonts baptismaux. 

Comme cela est d’usage, je porte le prénom de ma marraine.

À ma naissance, le roi Louis XV, n’est qu’un enfant. Il a sept ans.

Le 23 décembre 1718, j’ai dix-sept mois lorsque naît ma sœur Marie.

Maman enchaine les grossesses et les accouchements : 

  • Le 5 mai 1720, Marie-Jeanne vient agrandir la famille ; 
  • Simon arrive dix-sept mois plus tard, le 18 octobre 1721 ;
  • Le 19 mai 1723, une nouvelle Marie-Jeanne voit le jour.

Le vendredi 26 janvier 1725 est un jour douloureux pour maman. Ce jour-là, ma petite sœur, Marie-Jeanne, est enterrée. Mais, maman ne peut pas se rendre à la cérémonie, car, au même moment, elle donne naissance à mon frère, Jean.

Ce jour-là, papa se rend deux fois à l’église, pour l’inhumation de ma sœur et pour le baptême de mon frère.

L’année suivante, la famille s’agrandit de nouveau avec l’arrivée de Claude Françoise le 30 mai 1726.

Viennent ensuite Marie-Jeanne (oui, mes parents sont très originaux), le 24 mars 1728, puis Marie le 6 août 1730.

Au printemps 1732, j’ai quinze ans. Papa, malade, est à l’hôpital. Il y décède le 6 mai de cette année. 

Désormais, nous devons grandir sans lui.

Ma vie de femme

Mariage et enfants

Le 17 février 1738, moi, Nicole Marguerite LEFVRE, je me marie. J’épouse un vigneron, Pierre Isaac VISSE, de dix ans mon aîné.

Un an plus tard, le 6 janvier, je mets au monde mon premier bébé. C’est une fille que l’on prénomme Jeanne Françoise, le prénom de ma mère.

Malheureusement, ma fille ne survit pas, et j’ai la douleur de la perdre deux jours après.

Trois mois plus tard, je suis à nouveau enceinte. Le 10 janvier 1740, je donne naissance à un garçon. Nous lui donnons le prénom de Jean-Pierre.

Tout comme ma mère, je vais avoir de nombreux enfants, mais les grossesses seront un peu plus espacées.

Le 15 août 1741, j’accouche d’une petite fille, Marie-Françoise. Elle ne vit que quatre mois.

Deux ans après, le 19 mai 1743, je mets au monde une nouvelle fille, que l’on prénomme Marie-Françoise (Oui, je sais, pas très original ! )

Le 21 août 1744, je donne naissance à mon cinquième enfant. Il s’agit d’une fille, à qui on donne le prénom de Marie-Anne.

Le deuil nous frappe à nouveau le 3 décembre 1745, lorsque la petite Marie-Françoise meurt.

Le 19 juillet 1747, je fête mes trente ans. Le mois suivant, le 19 août, je mets au monde un petit Louis.  

Le 20 février 1749, notre petite Marie-Anne meurt à son tour.

Les années suivantes, je vais avoir trois autres enfants.  Vient d’abord Rémy, le 27 janvier 1752. Il est suivi de Charles, le 6 novembre 1756, et de Philippe, le 3 juillet 1760.

Je suis triste à l’idée d’évoquer mes deux derniers garçons. En effet, Charles meurt après sa première année, le 19 décembre 1757. Philippe n’atteindra pas ses deux ans. Il meurt le 1ᵉʳ mars 1762.

Les années suivantes, nous vivons tranquillement entre le travail dans les vignes et la famille. Nous restons dans notre commune d’Épernay.

Le 10 mai 1774, notre Roi, Louis XV, que l’on surnomme le Bien-Aimé meurt. Il a soixante-quatre ans. Son petit-fils, Louis XVI, presque vingt ans, devient notre nouveau souverain.

Un vent de changement

À l’aube de mes soixante-dix ans, je perds mon compagnon de toujours. Le 22 mars 1787, mon époux, Pierre Isaac, meurt.

Son décès me marque bien plus profondément que les évènements politiques qui arrivent.

La France traverse une grave crise économique et les mauvaises récoltes des années 1787 et 1788 ne vont pas arranger la situation. Nous avons faim. Le Roi ne fait pas grand-chose pour y remédier.

La colère gronde, le peuple a faim et le Roi a peur. Il place des soldats autour de Paris. Les Parisiens décident de prendre les armes et se rendent à la Bastille. Nous sommes le 14 juillet 1789.

Mais ces évènements me paraissent bien loi, à moi, la vieille dame que je suis. J’ai à présent soixante-douze ans.

Un changement marque tout de même la fin de ma vie. Le 22 septembre 1792, la Première République est proclamée. Cela me fait tout drôle, moi qui n’ai connu que la Monarchie.

Le 5 octobre 1793, la Convention vote un nouveau calendrier. Les mois portent de drôles de noms : Brumaire, Vendémiaire, Frimaire … et plus drôle encore, l’année ne commence plus en janvier, mais en septembre ! Je ne sais qui a eu cette idée, mais cela me parait bien étrange.

J’ai soixante-seize ans et je suis malade. Tout comme mon défunt mari, je termine ma vie à l’hôpital. Je décède le 31 janvier 1794. Que dis-je ? Cette date n’existe plus puisque nous avons changé de calendrier. En réalité, je rends mon dernier souffle le 12 Pluviôse de l’An II de la République.

Ma vie sous l’Ancien Régime se résume ainsi : être une fille, une épouse, une mère. J’ai connu la même vie que ma mère. Mes petites-filles auront peut-être une meilleure existence que la mienne, mais j’en doute. Les changements prennent du temps, beaucoup de temps …


Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.

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