Jean Bourhis, originaire de Bannalec, considéré comme l’un des pionniers de l’aviation, fait aussi partie des nombreux soldats de la Première Guerre mondiale, Mort pour la France.

De clerc de notaire à aviateur

Jean-Marie Marc BOURHIS voit le jour le 22 juillet 1888, à Bannalec. Il est le fils de Jean-Marie, cultivateur de vingt-quatre ans et de Marie-Anne FURIC, ménagère de vingt-trois ans.

Durant ces jeunes années, Jean effectue des études pour devenir notaire. 

Le 15 novembre 1907, Jean se présente à la mairie de Lorient pour s’engager volontairement dans l’armée pour une durée de trois ans. 
Il intègre alors le 1ᵉʳ Régiment des Spahis1 le 19 novembre suivant et part en Algérie. 

Du 7 mai 1910 au 15 novembre de la même année, il intègre 3ᵉ Régiment des Spahis.

Le 15 novembre, Jean termine son service actif et reprend ses études, cette fois à Paris, à l’École de Notariat. 

Cependant, l’étudiant ne semble pas tellement passionné par ce qu’il fait. En 1913, il écrit à ses parents :

« Jamais je ne pourrais me résoudre à être un pâle bureaucrate n’ayant qu’un idéal, noircir du papier timbré »


Il décide alors de se lancer dans l’aviation, en plein essor à cette époque.

Jean se rend chez celui qui, en 1909, est le premier à traverser la Manche en avion, Louis Blériot. 

L’aviateur Jean Bourhis

Installé dans les ateliers Blériot, Jean entreprend la construction de son avion.

En l’espace de trois mois, l’avion est prêt et Jean prend son envol. 
Le 24 avril 1913, à l’Aéroclub de France, il obtient son brevet de pilote. 

Jean vit à Paris, mais n’oublie pas pour autant d’où il vient. Il avait promis de revenir. C’est chose faite en juin 1913.

Son arrivée se fait en avion, bien sûr !

Parti de Tour le samedi 14 juin, il fait un arrêt à Saumur, puis à Nantes et à Lorient. Le lundi soir, à sept heures quarante-cinq, il décolle de Lorient pour atterrir à Bannalec à huit heures dix. 

Extrait du journal Le Citoyen- Juin 1913

Extrait du Citoyen- Juin 1913- AD29

Par la suite, Jean participe à de nombreux meetings aériens à bord d’un Blériot XI.

Mais Jean ne se contente pas de voler. Aventurier dans l’âme, il veut aussi sauter.

Le 24 février 1914, il teste pour la première fois, en condition réelle, le parachute mis au point par Frédéric Bonnet. 

Des tests similaires ont déjà été faits par des mannequins, mais ce jour-là, c’est Jean qui va sauter. En août 1913, son confrère, Adolphe Pégoud, a eu l’honneur de sauter avec ce dispositif.

Pour réaliser ce saut, Jean se trouve à bord d’un aéroplane qui s’élève à 800 m d’altitude et piloté par Alfred Lemoine.
Lors de cette démonstration, tout se passe bien.

Forts de leur succès, Jean et Alfred réitèrent en avril de la même année, à Vienne.

Cependant, cette fois, tout ne se passe pas comme prévu…

Bourhis devait ensuite descendre avec un parachute à 400 mètres d’altitude de l’aéroplane, monté par le pilote Lemoine.

Le parachute s’embarrassant malheureusement dans le gouvernail, se déchira et Jean Bourhis tomba ensevelir sous le filet.

Lemoine, soit ayant perdu sa présence d’esprit, soit à la suite d’une avarie de l’appareil, piqua du nez en 46 secondes.

Heureusement, les deux hommes s’en sortent bien, avec de légères contusions pour Jean et une fracture de la jambe pour Alfred.

Jean aurait pu avoir une belle carrière dans l’aviation civile, mais l’Histoire va le rattraper.

De l’aviation civile à l’aviation militaire

Le 1ᵉʳ août 1914, la France lance son ordre de mobilisation générale.
Jean Bourhis est rappelé à l’activité.

Dans un premier temps, Jean part au combat avec le 1ᵉʳ Régiment d’Artillerie de Campagne, puis le 3ᵉ. 

Le 9 octobre 1914, il obtient son brevet de pilote militaire.

Début 1915, il incorpore la RGA2 et devient pilote dans la toute jeune armée de l’air, qui pour l’heure dépend de l’armée de terre. 

En tant qu’aviateur militaire, Jean réalise de nombreux exploits. Le 21 novembre 1915, il reçoit une citation de la 1ʳᵉ armée.

Très bon pilote militaire qui, dans les différentes escadrilles où il a servi depuis le début de la guerre, s’est signalé par son sang-froid et son allant ; pilotant un avion canon, a exécuté journellement de longs vols au-dessus de l’ennemi, donnant la chasse aux avions, attaquant et faisant descendre les Drachen du front ennemi, malgré une canonnade très intense qui a atteint son avion à plusieurs reprises. Pilote d’une audace et d’une habileté exceptionnelles. Officier d’élite qui a au plus haut degré l’esprit de devoir et de sacrifice. A effectué de nombreuses reconnaissances à longue portée et ne cesse, étant seul à bord d’un avion spécial, de donner la chasse aux avions ennemis. Le 8 septembre 1915, a engagé successivement le combat avec trois avions ennemis, tiré sur eux à courte distance 188 cartouches de mitrailleuse et les a obligés à faire demi-tour. Le 10 octobre 1915, a attaqué un autre avion allemand monté par un officier et un sous-officier et l’a abattu après une courte lutte.

Ces faits d’armes lui valent le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur.
Il obtient ce titre par décret du 6 janvier 1916 pour prendre rang à la date du 11 décembre 1915.

Malheureusement, Jean ne profitera pas bien longtemps de ce titre.

Le 14 mars 1916, lors d’un combat aérien à Verdun, Jean reçoit une balle de mitrailleuse à la hanche. Malgré sa blessure, il réussit à faire atterrir son avion dans les lignes françaises.

Jean est évacué du front et conduit à l’ambulance 235, à Chaumont-sur-Aire (Meuse). Bien qu’ayant reçu des soins, Jean décède des suites de ses blessures le 24 mars suivant, à une heure trente du matin. Il a vingt-sept ans.

Son corps est inhumé à Verdun. En août 1922, il est exhumé et rapatrié dans sa commune natale, Bannalec. Il est accueilli en héros.

En 1932, le sculpteur François Barzin érige, à Bannalec, une stèle en l’honneur de Jean Bourhis. 

Stèle hommage à Louis Bourhis

Stèle hommage à Louis Bourhis par François Barzin- ©Lanzonnet


Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G

  1. Spahis : Unités de cavalerie française de l’armée d’Afrique ↩︎
  2. RGA : Réserve Générale de l’Aviation ↩︎

2 Comments

  1. Jean est allé au bout de ses rêves, jusqu’à en périr. Ca parait simple aujourd’hui mais quel courage il fallait à l’époque pour tester les premiers avions ou les premiers parachutes. Un vrai héros, merci Noëline pour cette découverte.

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