
Un malheureux accident
En ce mercredi 2 août 1905, le jour se lève doucement sur les quais de l’Odet, à Quimper. Des hommes discutent tout en se rendant à pied au travail, quand d’autres s’y rendent à vélo, lorsque soudain, se produit un malheureux accident.
Que vient-il de se passer ? Qui a provoqué l’accident ? Qui est la victime ?
Les protagonistes
Jacques LOPERE
Jacques voit le jour à Saint-Jean-Trolimon le 12 août 1856. Il est le fils de Jean-Marie, cultivateur, et de Marie-Jeanne LE BRUN.
Il est l’aîné de la famille, qui compte trois enfants nés vivants et un enfant mort-né.
Le 25 septembre 1882, à Quimper, Jacques, employé au gaz, épouse Marie-Renée PETILLON, tailleuse, de trois ans sa cadette.
Le couple s’installe dans la ville, au numéro 6 de la Rue Pont-l’Abbé.
Deux ans plus tard, le 6 décembre 1844, Marie-Renée donne naissance à un petit garçon, prénommé Jean-Marie.
Le 30 octobre 1887, la famille s’agrandit de nouveau avec la naissance de la petite Marie-Jeanne. Malheureusement, elle décède onze mois plus tard.
Après elle, trois enfants viennent au monde :
- Madeleine Louise Marie, le 1er décembre 1889 ;
- Marie-Anne, le 1er août 1891 ;
- Jeanne-Marie, le 24 mars 1894.
Le dimanche 20 octobre 1895, le deuil frappe une nouvelle fois Jacques et sa famille. Ce jour-là, sa femme, Marie-Renée, décède à l’âge de trente-six ans.
Jacques se trouve désormais veuf, avec quatre enfants, dont la plus jeune a tout juste un an.
Tout juste neuf ans après le décès de son épouse, Jacques perd sa fille, Madeleine, quatorze ans. Elle meurt le 13 octobre 1904.
Trois mois plus tard, le 6 janvier 1905, Jacques déclare le décès de son père.
Édouard GOASDOUE
Édouard Pierre Corentin Marie vient au monde le 3 juillet 1888, à Plomodiern. Il est le fils de Célestin, instituteur et de Marguerite LE TALLEC.
Il est le deuxième enfant de la famille.
Après lui naissent un frère et une sœur, qui décèdent tous deux en bas âge.
En 1895, 1896 et 1897, trois enfants voient le jour au sein du foyer.
Le 24 juin 1899, Marguerite donne naissance à son huitième enfant, un garçon prénommé François. Malheureusement, cet accouchement lui est fatal.
Elle décède le 3 juillet suivant. C’est un bien triste anniversaire pour le jeune Édouard qui vient d’avoir onze ans.
En octobre de l’année suivante, François, seize mois, décède lui aussi.
Malgré une enfance marquée par le deuil, le jeune Édouard s’accroche.
Adolescent, il entreprend des études en pharmacie. Il vient alors à Quimper, chez le Mr. LE MOAL.
Un malheureux accident
Le jour se lève doucement sur les quais de l’Odet en ce matin du 2 août 1905.
Jacques LOPERE, quitte son domicile, 9 rue de Pont-l’Abbé, pour se rendre chez Mr. ALAVOINE, marchand de vin, son patron. Jacques y est cocher. Il prend la direction des quais, accompagné d’un ami, Mr. MAZEAS.
Édouard GOASDOUE, quant à lui, part de chez son patron, situé sur la place Terre-au-Duc. Il a sûrement une course à faire. Il enfourche son vélo et se dirige sur les quais1.

Jacques et son ami s’approchent de la venelle de Kergos,lorsque le jeune Édouard arrive en face d’eux. Il est encore un peu loin, et d’un côté comme de l’autre, il a largement de place pour passer avec sa bicyclette.
Édouard aperçoit les deux hommes. Il pense qu’eux aussi l’ont vu et qu’ils vont faire attention. Il ne prend pas la peine d’utiliser son klaxon pour se signaler, il ne ralentit pas et continue d’avancer.

Malheureusement, Jacques ne voit pas Édouard. Ce dernier s’approche et ils essayent l’un l’autre de s’éviter. Jacques se penche vers la gauche puis vers la droite, ce qui perturbe Édouard. L’élève en pharmacie n’a pas le temps de freiner. Les deux hommes se percutent.
Jacques est blessé. Il n’est pas en mesure de se relever. Aussitôt, des passants le placent dans une charrette et le reconduisent à son domicile, au 9 de la rue de Pont-L’Abbé.
Jacques agonise chez lui, durant de nombreuses heures. Atteint d’une fracture du crâne, il ne reprendra jamais connaissance. Il décède dans la nuit, à deux heures du matin. Jacques s’apprêtait à fêter ses quarante-neuf ans dans dix jours.
À sa mort, ses deux filles, Marie-Anne et Jeanne-Marie ont respectivement quatorze et onze ans.
Son fils, Jean-Marie, dans sa vingt-et-unième année, effectue son service militaire.
Le jugement
Pour ce malheureux accident, Édouard ne sera pas écroué. Cependant, il passera devant le Tribunal de première instance.
L’audience a lieu le 23 septembre 1905. Édouard est jugé pour homicide par imprudence.
D’après les différents témoignages, le juge estime que cet accident est dû à la simple maladresse d’Édouard.
Pour cet homicide, Édouard risque la prison, puisqu’il relève de l’article 319 du Code Pénal.
Quiconque, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, aura commis involontairement un homicide ou en aura été involontairement la cause, sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans et d’une amende de 50 à 600 Fr.
Par « chance », les renseignements pris durant l’enquête sur le jeune homme sont excellents. Le juge décide alors de faire appliquer l’article 1er de la loi du 26 mars 1891.
Cela signifie qu’Édouard échappe à la prison, mais se trouve en sursis. Si d’aventure, il vient à commettre un nouvel homicide (volontaire ou non), il sera emprisonné.
Et après…
Quelques années après cette affaire, Édouard, devenu préparateur en pharmacie, épouse Hélène Eugénie BOUCHY, couturière. La cérémonie à lieu à Saint-Denis le 3 avril 1913.
Le 6 juin 1914, Eugénie donne naissance à un garçon, prénommé Maurice. Édouard est désormais marchand de vin.
Le 1ᵉʳ août suivant, la mobilisation générale est lancée. Édouard part à la guerre. Durant le conflit, il est affecté à différents régiments du génie.
À son retour, il s’installe dans les Hauts-de-Seine avec sa femme et son fils.
Le 15 juillet 1923, Édouard, tout juste trente-cinq ans, meurt chez lui, à Colombes.
Il laisse une femme et un fils de neuf ans.
Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.
Une bien triste histoire.
Oui, je ne m’attendais pas à ça en choisissant mon sujet.