Grâce aux archives, nous avons la possibilité de retracer tout ou partie d’un parcours d’institutrice (ou d’instituteur, bien sûr). Ceux-ci peuvent être très complets, ou à l’inverse, lacunaires.

En voici un exemple, avec un fragement de carrière d’une institutrice.

Jeanne Marie DENOUËL

Jeanne Marie DENOUËL vient au monde le 6 octobre 1891, à Plourin-lès-Morlaix. Elle est la fille de Jean-Marie, tonnelier, âgé de vingt-six ans et de Catherine LE ROUX, âgée de vingt-trois ans.

Jeanne est l’ainée d’une famille de quatre enfants. Un de ses petits frères, Jean, décède à l’âge de dix-sept mois, en 1898.

En 1903, Jeanne, qui n’a pas encore douze ans, passe son certificat d’étude. Elle l’obtient avec une note de 52 sur 70.

En 1904, Jeanne décide de passer l’épreuve de dessin. Elle obtient la note de 4/10 et ne réussit donc pas cette épreuve. Fort heureusement, cette épreuve est facultative, elle n’a donc aucun incident sur la future carrière de Jeanne.

Jeanne l’institutrice

Après sa scolarité à l’école de Poan Ben de Morlaix et l’obtention de son CEP, Jeanne rentre au collège de la même ville.

C’est dans cet établissement que Jeanne obtient son Brevet Élémentaire, puis son Brevet Supérieur, tous deux nécessaires à l’enseignement.

Ainsi, le 20 mars 1912, Jeanne, jeune institutrice de vingt ans, obtient son premier poste.

Sa sœur, Marie, de deux ans sa cadette, suit le même chemin.

Le 1ᵉʳ octobre 1913, Jeanne épouse Émile LE ROUX, autrefois instituteur, devenu préposé des Tabacs à la manufacture de Morlaix, de trois ans son aîné.

Le 1ᵉʳ août 1914, Émile est mobilisé. Il rejoint le 19ᵉ Régiment d’Infanterie, en casernement à Brest.

Le 23 août, juste après la bataille de Maissin (Belgique), Émile est fait prisonnier. Il le restera jusqu’au 1ᵉʳ janvier 1919, date de son rapatriement.

Onze mois plus tard, Jeanne donne naissance à une petite fille qui porte ses prénoms. La petite Jeanne Marie voit le jour le 27 décembre 1919.

Peu après, Jeanne est nommée à un poste d’institutrice à l’école des garçons de Ploujean.

Le 7 janvier 1921, Jeanne met au monde un garçon. Le nouveau-né porte le prénom de son père, Émile.

Un changement de poste ?

Entre sa vie de jeune maman et son travail, le quotidien de Jeanne n’est pas facile. Heureusement, elle peut compter sur son époux et ses parents.

Jeanne quitte son foyer, situé Rue de Paris à Morlaix, chaque matin de bonne heure, afin de se rendre à l’école de Ploujean. Il lui faut marcher un peu plus d’une heure pour rejoindre l’école.

Le soir, il faut refaire le trajet dans le sens inverse. Elle rentre tard et voit à peine ses enfants.

Cette situation lui est de plus en plus difficile. Depuis 1920, elle demande un changement de poste.

En août 1922, Jeanne adresse un courrier au Préfet. Elle lui redemande s’il y a un poste vacant à Morlaix. Pour l’heure, il n’y en a pas, mais le Préfet lui assure que dès qu’une place se libère, Jeanne sera prioritaire.

Le 24 février 1923, Jeanne adresse une nouvelle lettre au Préfet. Elle vient d’apprendre qu’un poste d’institutrice se libère à Saint-Martin-des-Champs.

Elle demande donc à l’obtenir :

Madame Henry, institutrice adjointe à Saint-Martin-des-Champs, doit quitter son poste à la fin du mois de mars, parce que son mari, employé des ponts et chaussées, quitte Morlaix pour raisons de services.
Je serais heureuse d’obtenir le poste de Madame Henry.
J’ai donc l’honneur, Monsieur le Préfet, de vous demander de vouloir bien me nommer à Saint-Martin-des-Champs.
Je ne vous rappelle pas toutes les raisons sérieuses qui me font demander mon changement.
Je m’excuse, Monsieur le Préfet, d’appeler de nouveau votre attention sur ma candidature.

Pour des raisons que j’ignore, Jeanne n’obtient pas la place qu’elle demande.

Le 7 juin 1924, Jeanne réitère sa demande :

Depuis Paris, le député breton, Émile GOUDE, appuie la demande de Jeanne auprès du Préfet. Ce dernier répond qu’il examinera  » le moment venu les titres de votre protégée avec toute la bienveillance que lui assure l’intérêt que vous lui portez« .

Le 5 septembre suivant, une réponse vient de l’Inspecteur Académique, lui aussi informé de la situation.

Il n’y a toujours pas de poste d’institutrice adjointe de libre à Morlaix. Jeanne doit rester à Ploujan.

L’Inspecteur promet, lui aussi, qu’il portera toute son attention au dossier de Jeanne …

La nomination !

Nous sommes en 1925. Cela fait déjà cinq ans que Jeanne demande un poste à Morlaix.

L’appui d’un député n’y a rien changé.

Cette fois-ci, c’est Émile LE ROUX, l’époux de Jeanne, qui écrit au Préfet.

Au début du mois de juin 1925, Émile, en tant que chef d’atelier de la Manufacture de Tabac, a l’occasion de s’entretenir avec le Préfet. Il lui fait part de la situation de Jeanne. L’après-midi même, il adresse une lettre que le Préfet transmet à l’Inspecteur Académique.

Deux mois plus tard, le 5 août 1925, la bonne nouvelle arrive enfin.

Jeanne, très probablement soulagée et heureuse, apprend qu’elle obtient le poste d’institutrice adjointe à Morlaix !

L’Inspecteur Académique prend le temps d’avertir le député GOUDE de cette nomination :

Par arrêté en date de ce jour, je viens de donner satisfaction à votre protégée.
Je suis heureux de vous en faire part et d’avoir pu en la circonstance, seconder le bienveillant intérêt que vous portez à Mme Le Roux

Le 1ᵉʳ octobre 1925, Jeanne, fait sa rentrée en tant qu’institutrice adjointe à Morlaix.

Jeanne restera en poste jusqu’à sa retraite, dans les années 1940.

Elle a transmis l’amour de son métier à ses enfants, puisqu’ils deviennent à leur tour institutrice et instituteur.

Jeanne et son frère Émile se marient la même année.

Émile se marie le premier, le 8 août 1945, à Fouesnant. Il épouse Yvonne Louise Anna CARADEC, institutrice.

Jeanne se marie le 26 décembre suivant, à Morlaix. Son époux, Jean-Marie Yves MORZADEC est, lui aussi, instituteur.

Le 13 octobre 1958, l’époux de Jeanne, notre institutrice, Émile, décède à l’âge de soixante-dix ans. Il meurt chez eux, Rue de Paris, à Morlaix.

Jeanne, quant à elle, termine sa vie en maison de retraite, à Bohars. Elle y décède le 19 janvier 1982, à l’âge de quatre-vingt-dix ans.


Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G

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