En 1911, l’école des filles de Guimiliau se situe au rez-de-chaussée de la mairie. Cette cohabitation cause quelques problèmes à l’institutrice.

L’école et la maire : un seul bâtiment

Le 11 septembre 1849, le Conseil municipal de Guimiliau vote à l’unanimité les devis, plans et cahier des charges pour la construction d’une maison. Cette dernière servira pour l’école des garçons, au rez-de-chaussée, et de Mairie, au premier étage.

Il faudra attendre 1851 pour que cette maison soit construite. Elle se situe en plein bourg.

Pendant une cinquantaine d’années, les petits garçons de la commune y apprennent à lire et à écrire. Ils cohabitent avec les différents services de la Mairie.

Au début des années 1900, l’école des garçons déménage à 130 mètres de là.
Ils laissent place aux petites filles, qui jusque-là étaient confiées aux sœurs de la Charité.

Les petites guimiliennes ont une institutrice, Marie-Yvonne HERRY, âgée de trente-deux ans.

Marie a à cœur d’enseigner dans les meilleures conditions possibles. Cependant, travailler sous une Mairie peut s’avérer compliqué.

La vie municipal

En 1900, la Mairie est le lieu de nombreux rendez-vous. On y vient pour y déclarer les naissances et les décès, pour se fiancer, pour se marier, pour payer ses impôts, mais aussi pour se faire vacciner.

Les habitants vont et viennent à la mairie, sans tenir compte des heures de classes. La majorité d’entre eux sont chaussés de boutout coat (sabot en bois), relativement bruyant dans les escaliers et le plancher ! 

Marie, en plus d’enseigner, vit au dessus de la classe, dans la pièce voisine de la Mairie. Malgré quelques différends, pour certaines occasions, elle et sa famille n’ont pas d’autre choix que de se rendre dans la pièce d’à côté.

C’est le cas pour son mariage, qui a lieu le samedi 25 janvier 1902, à quatre heures du soir.

Ce jour-là, elle épouse François Augustin LE HIR, premier maitre de mousqueterie, de dix-huit ans son ainé.

Le 4 mai de l’année suivante, à neuf heures du matin, Marie met au monde une fille. Le lendemain, à quatre heures du soir, François traverse le palier de son domicile pour se rendre à la Mairie et ainsi présenter et déclarer la naissance de la petite Augustine Antoinette. 

À cette époque, le congé maternité pour les institutrices n’existe pas encore. Marie-Yvonne a peut-être pu compter sur ses économies et sur le salaire de son époux pour prendre quelques jours avant de retourner travailler. 

Le 27 mars 1908, les jeunes filles de Guimiliau n’ont pas classe. Leur institutrice est en deuil. La veille au soir, son époux, François, est mort. La voilà seule, avec une fillette qui n’a pas encore cinq ans.

Malgré ce deuil, Marie reprend son travail. Jour après jour, elle subit les va-et-vient de ses concitoyens, des parents d’élèves, de ses voisins, de ses amis, à la Mairie.

1911 : la Mairie doit déménager !

Le 9 mars 1911, l’Inspecteur de l’Académie adresse un courrier au Sous-préfet. Il demande à ce que la Mairie déménage, pour le bien-être des vingt élèves et de Marie, qui selon lui, est d’une conduite excellente.

Je vous prie de vouloir bien pressentir la municipalité au sujet de l’installation désirable des services de la Mairie dans un autre bâtiment. Il y va de l’intérêt des élèves ainsi que de la santé de l’institutrice qui a été récemment fort ébranlée et dont la tâche est rendue très pénible par suite de l’état des choses actuel.

En plus de la cohabitation avec les services municipaux, Marie subit des attaques de la part du clergé et des institutrices privées.

De son côté, le Maire, Guillaume BODROS, minimise le fait. Il indique que les fiançailles se font le samedi, après quatre heures du soir, et que les mariages ont principalement lieu le dimanche. Pour lui, le « service scolaire est moins troublé qu’on ne le pense ». 

Et il n’a pas tort. Entre 1901 et 1911, la très grande partie des mariages sont célébrés le dimanche, donc en dehors des heures d’école.

Dans sa séance du 2 avril 1911, le conseil municipal indique que pour le moment, aucun autre bâtiment ne peut servir de mairie. Cependant, il propose que le logement de l’institutrice soit séparé de la mairie par un mur en briques creuses. Il propose aussi de poser un plafond en plâtre entre la salle de classe et la mairie.

Malheureusement, pour l’Inspecteur académique, ces propositions sont insuffisantes. Il demande une fois de plus que la Mairie déménage.
Une promesse a été faite. Après les élections de mai, le transfert de la Mairie aura bien lieu !

Lors de ces élections, Guillaume BODROS n’est pas réélu. Il laisse la place à Yves GUILLOU.

Mais en novembre, rien n’est fait. Marie écrit une nouvelle fois à l’Inspecteur. Elle y évoque les problèmes avec les habitants, dont certains font leurs besoins dans la cour…

J’ai l’honneur de vous exposer de nouveau l’existence de la Mairie dans la maison d’école et les inconvénients qui en résultent pour mon école et ma santé.
La Mairie, située au premier étage, s’étend en partie au-dessus de la classe ; le même couloir sert d’entrée et de sortie pour les personnes qui s’y rendent ainsi que pour mes élèves. Les services y continuent pendant la classe, comme l’an passé.
Depuis la rentrée, ont déjà eu lieu : la vaccination, la perception, plusieurs fiançailles,etc.
Les allées et venues se faisant toujours le plus souvent en sabots, ayant lieu presque journellement et fréquemment, plusieurs fois par jour, sur un plancher non plafonné, posent le plus grand préjudice à mon école et à ma santé.
Ma tâche est rendue très pénible par le bruit incessamment renouvelé et ma santé en souffre beaucoup.
Parfois aussi, les gens venant à la Mairie se permettent de satisfaire certains besoins dans la cour et même dans le préau, chose très désagréable.
Monsieur l’Inspecteur, je suis d’autant plus affectée de cet état des choses, que je me trouve dans une situation particulièrement difficile en face de l’école privée, vu la guerre acharnée faite à mon école et que j’ai besoin de ma santé pour remplir mes fonctions, élever mon enfant et soutenir mon vieux père.
Je vous prie donc, Monsieur l’Inspecteur, de vouloir bien faire tout ce qui est en votre pouvoir pour hâter le transfert de la Mairie dans un autre local.

Cette situation perdure jusqu’à l’hiver 1914.

1914-1918 : La trêve

Le 8 février 1914, Marie fait une nouvelle fois face au deuil. Son père, qui vivait avec elle, décède à seize heures.

Au même moment, le Préfet autorise le Sous-préfet à mettre en demeure le Maire et ainsi forcer le transfert de la Mairie. Cela est fait le 17 du même mois.
Des courriers sont envoyés au Maire, mais celui-ci n’y répond pas.

Le 12 mai de la même année, le Préfet émet un arrêt, dont les articles sont les suivants :

Article 1er : Le Conseil municipal de Guimiliau est mis en demeure :
1° de voter la location d’une maison ou d’une pièce destinée à servir de Mairie afin d’y transférer les archives communales.
2° de voter un crédit de 150 Frs. au budget de 1914 de la Commune pour payer le prix de location et les frais du bail à intervenir.
Article 2 : M. le Maire de Guimiliau est requis d’avoir à passer ledit bail selon la délibération qui sera prise par le Conseil municipal à cet effet.
Article 3 : Un délai d’un mois est assigné au Conseil municipal et à M. le Maire de Guimiliau pour se conformer aux dispositions qui précèdent.
Article 4 : M. le Maire de Guimiliau est invité à réunir son Conseil municipal en session extraordinaire pour lui donner connaissance du présent arrêté.

Le 1ᵉʳ juin, le Maire convoque le Conseil Municipal. Tous les logements de la commune sont occupés et aucun autre bâtiment ne peut servir de Mairie. La seule solution : transférer la Mairie dans un logement vacant d’instituteur à l’école des garçons.

Bien évidemment, cette solution conduirait au transfert de la Mairie, mais aussi de toutes les nuisances qui vont avec, d’une école à l’autre. L’Inspecteur Académique refuse catégoriquement.

Le 1ᵉʳ août 1914, la France lance son ordre de mobilisation générale. Tous les hommes mobilisables partent en guerre.

Le 4 novembre suivant, l’Inspecteur Académique transmet une lettre de Marie au Préfet. Elle y explique une nouvelle fois les nuisances qu’elle subit, depuis maintenant treize ans.

Ce courrier est le dernier figurant dans le dossier pour cette année 1914. Pendant toute la durée de la guerre, Marie a surement préféré rester silencieuse.

Le 14 mars 1915, à sept heures du matin, Marie a la douleur de perdre sa fille unique. La petite Augustine Antoinette n’a pas encore onze ans.

1920 : La reprise des hostilités

Après la guerre, Marie reprend la sienne contre la Mairie. Elle échange des courriers avec l’Inspecteur, qui en fait de même avec le Préfet et le Sous-préfet.

Il est grand temps que l’état actuel des choses change !

À l’été 1920, une lueur d’espoir apparaît enfin pour Marie.

Le 29 septembre, la Mairie va déménager. 

Oui, mais voilà, cela semble plus compliqué que prévu. Le nouveau Maire, Louis MAZE, qui parait plus coopérant que ses prédécesseurs, informe le Sous-Préfet de la situation. Toutefois, il promet qu’au 1ᵉʳ octobre 1921, la situation sera définitivement réglée.

Marie doit prendre son mal en patience.

Marie, devenue directrice, reste à l’école de Guimiliau jusqu’à sa retraite. Elle décède à Brest en 1935, à l’âge de soixante-sept ans.

Et la Mairie ? Je ne sais pas si un transfert a bien eu lieu. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’elle occupe toujours le bâtiment, et ce, depuis 1851.


Les documents se trouvent des cotes 2 O 1117 et 1118 des Archives Départementales du Finistère

Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Ce contenu est protéger