
Bienvenue à bord
Oui, bienvenue à bord du brick-goélette prénommé Marie Émilie Andréa. Nous sommes le 2 mai 1907, au port de Marennes et le navire s’apprête à partir en mer, pour transporter des marchandises.
Mais avant d’embarquer, voici un petit point de vocabulaire.
Qu’est-ce qu’un brick-goélette ?
Le brick-goélette est un navire, possédant un mât de misaine, avec des voiles carrés, un grand-mât, avec une voile aurique et deux focs (voiles triangulaires).

Il est rapide (légèrement moins que le brick) et maniable, surtout en cas de vent latérale.
Ce type de bateau est très prisé par les pirates et les corsaires. Il est aussi utile pour l’exploration maritime et surtout pour le commerce, et donc, le cabotage.
Le cabotage maritime consiste à transporter des marchandises ou des passagers entre deux ports, généralement proches.
Le départ du Marie Émilie Andréa
Le 2 mai 1907, le navire est armé pour le cabotage. Cela signifie qu’il est équipé de tout le nécessaire pour partir en mer : provisions, cordage, de quoi réparer les voiles…
Quelques documents administratifs doivent également se trouver à bord. Ceux-ci sont inscrits sur le rôle de bord. Parmi eux, les consignes nécessaires à l’établissement des actes d’état civil.
En effet, un capitaine de navire devient officier d’état civil à bord de son navire. Si cela est nécessaire, il peut rédiger un acte de naissance ou de décès.

Le départ se fait le 4 mai, depuis Marennes, avec six hommes à bord :
- Vincent Bénony GUILLAUME, le capitaine et propriétaire ;
- François JOSSELIN, officier de la marine marchande ;
- Louis L’HERMITE, également officier ;
- Pierre-Marie BRIS, matelot 2ᵉ classe ;
- Jean-Baptiste LE BAIL, matelot 3ᵉ classe ;
- Eugène JOSSELIN, fils de François, mousse .
Le navire est vide et prend la direction de La Rochelle, où il arrive deux jours plus tard.
Le navire reste quelques jours à quai, le temps d’être chargé de chaux. François et Eugène JOSSELIN descendent le 13 mai. Pour douze jours de présence, ils reçoivent leurs salaires de 30 francs et 6 francs.
Un matelot et un mousse les remplacent. Il s’agit de Gabriel DELVALLE et de Jean-Yves LE GALL. Ils montent à bord le lendemain.
Rempli de chaux, le Marie Émilie Andréa quitte la Rochelle pour Brest. Le départ se fait le 14 mai. Durant un an, le bateau navigue de port en port.
De la France au Pays de Galles
Le 20 mai, le navire arrive à Brest. La chaux qu’il contient est entièrement déchargée.
Le 30, il repart, avec six hommes d’équipage et un passager (dont le nom est inconnu). Ils prennent la direction de Swensea, au Pays de Galles.
Il faut onze jours pour faire la traversée. Le brick reste deux jours sur place. Il vient pour une cargaison de charbon.
Après quatorze jours de navigation, il est de retour à Marennes. Le passager descend et le charbon est déchargé.
Les deux derniers marins à être montés, Gabriel et Jean-Yves, quittent également le navire. Le matelot, Gabriel, reçoit son salaire de 88 francs. Le mousse, Jean-Yves, celui de 21,50 francs, pour avoir passé un mois et demi à bord.
Durant un an, le Marie Émilie Andréa passe de port en port avec différentes cargaisons : charbon, phosphate, pétrole, granit …
Le brick navigue principalement entre les ports de la façade atlantique. Il se rend quelques fois à Swensea, mais aussi à Charlestown (Angleterre).
Aucun évènement particulier ne semble troubler son voyage. À moins que …
Avis de recherches
Le 20 février 1908, le brick-goélette arrive à Tréport, après avoir déchargé une cargaison de granit à Dieppe. Il reste à quai jusqu’au 1ᵉʳ mars suivant.
Le 29 février, un jeune homme, de vingt ans et deux mois, monte à bord. Il s’agit de Marie Jules Émile, originaire dudit Tréport.
Avec ses camarades, il prend la direction de Brest, avant de revenir quelques jours plus tard dans sa commune natale.
Le 9 mars, un jeune canehanais se fait inscrire sur le rôle de bord. Il se prénomme Alfred Octave Louis HEURTAUT. Il n’a pas encore vingt ans.
Le 23 mars, le navire arrive à Port-Launay. Durant le trajet, le capitaine s’aperçoit qu’il lui manque deux hommes d’équipage : Marie Jules Émile et Alfred Octave Léon.
À Port-Launay, il déclare leur disparition. Il demande à ce qu’ils soient recherchés.
Le capitaine m’a déclaré que deux hommes de son équipage ont déserté au Tréport. Ce sont les matelots Dieppois et Heurtant, tous deux inscrits à Dieppe et domiciliés au Tréport. Rapport a été adressé à l’administration de ce port ; m’a fait rechercher ces deux matelots.
Après cette déclaration, le Marie Émilie Andréa se rend à Charlestown, avant de venir à Nantes, où il est désarmé. Les hommes débarquent et reçoivent leurs salaires, en fonction de leur grade et du temps passé à bord.
Le capitaine, qui vient de passer douze mois et neuf jours sur son navire, reçoit la somme de 1230 francs.
Et les deux déserteurs ?
Marie Jules Émile n’échappe pas à l’administration, puisque sept mois plus tard, il part pour son service militaire.
En 1909, il fait un passage de six jours en prison, pour coup. Il est de nouveau condamné à une amende en 1922 pour « outrages à garde maritime ».
Malgré sa fuite du brick-goélette, il s’inscrit dans la marine en 1913. C’est donc en mer qu’il participe à la guerre. Il en reviendra vivant.
Son camarade Alfred Octave Léon n’est pas en reste non plus. Il n’a pas encore commencé son service militaire et déjà, la justice le condamne à trois peines de pour vol (huit, puis quinze jours en février et quatre mois en mai).
Après son service, le 10 octobre 1913, il écope de six mois de prison pour le même motif.
Le 1ᵉʳ août 1914, le jeune homme, désormais âgé de vingt-six ans, est mobilisé.
En août 1915, il se trouve en Belgique, avec le 4ᵉ bataillon d’infanterie légère d’Afrique. Le 30 de ce mois, il meurt sur le champ de bataille.
Pour voir le rôle de bord en intégralité : Ici
Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G