
Un bien national
Durant la Révolution française, de nombreux biens sont, dans un premier temps, confisqués aussi bien à l’Église qu’à la couronne. Chacun d’entre eux est considéré comme bien national.
Pour essayer de résoudre la crise financière (on n’a rien inventé), ces biens sont vendus.
Petit résumé de ce qu’est un bien national et exemple d’une vente.
Première ou deuxième origine ?
Les biens de première origine sont ceux confisqués au clergé dès 1789.
Talleyrand propose que ces biens deviennent la propriété de l’État et soient utilisés pour rembourser les dettes. L’État prendrait alors en charge le salaire des prêtres et les frais liés au culte.
Sur la proposition de Talleyrand, l’Assemblée constituante vote un décret le 2 novembre de cette même année.
L’Assemblée nationale décrète :
1° Que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la nation, à la charge de pourvoir, d’une manière convenable, aux frais du culte, à l’entretien de ses ministres, et au soulagement des pauvres, sous la surveillance et d’après les instructions des provinces ;
2° Que dans les dispositions à faire pour subvenir à l’entretien des ministres de la religion, il ne pourra être assuré à la dotation d’aucune cure moins de 1 200 livres par an, non compris le logement et les jardins en dépendant.
Rapidement, les biens du roi, des princes, de la Couronne en général, des écoles, des collèges, des hôpitaux… rejoignent les biens du clergé.
Afin de renflouer les caisses de l’État, il faut vendre ces biens. Ces ventes se font au chef-lieu du district1 et aux enchères.
Les principaux acquéreurs de ces biens, sont ceux disposant d’assignats2.
Les biens de seconde origine sont ceux confisqués aux émigrés (famille riche, généralement exilée, qui se mettent au vert, le temps que les choses se calment), mais aussi ceux des curés réfractaires et aux personnes considérées comme ennemies de la nation.
Cette confiscation se fait conformément au décret du 30 mars 1792.
Ces différents bien se trouvent partout en France.
Le bois taillis de Penhoat Huon
Ce bois se trouve sur la commune de Guimiliau, au lieu-dit de Penhoat Huon. Avant la Révolution, il est la propriété des héritiers de Guillemette DE POULPRY.
Guillemette DE POULPRY
Marguerite Claudine Guillemette DE POULPRY vient au monde le 5 janvier 1712, à Lesneven, entre trois et quatre heures du matin. À noter que les heures de naissance et de décès sont très rarement inscrites à cette époque. Seules les personnes importantes y ont le droit.
Guillemette est la fille d’Alain Jacques et de Marguerite de PENFENTENIOU. Son père est chevalier, seigneur de Kerillas, conseiller du roi, son sénéchal et premier magistrat civil et criminel du Léon à la sénéchaussée royale de Lesneven (rien que ça !).
Elle est la sixième enfant du couple, qui en a treize, dont deux mort-nés.
Le 26 avril 1742, à Lesneven, Guillemette épouse Charles Michel KARUEL, chevalier et lieutenant de vaisseaux du roi.
Guillemette donne naissance à huit enfants, dont deux mort-nés et une petite fille morte en bas-âge.
Le couple vit tour à tour à Brest, à Garlan, à Morlaix (paroisse Saint-Mélaine), à Sainte-Sève et Quimper.
Durant sa vie, Charles obtient également le titre de chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis. Il décède à Quimper le 19 janvier 1770, à l’âge de soixante-deux ans.
Après sa mort, Guillemette revient à Lesneven. Elle y décède quatorze ans plus tard, le 24 décembre 1784, et inhumée le jour de Noël.
Elle laisse pour héritiers ses enfants et petits enfants. Ces derniers émigrent lorsque la Révolution éclate.
Le bois taillis de Penhoat Huon
Parmi les biens que Guillemette possédait, se trouve le bois taillis de Penhoat Huon, à Guimiliau.

Comme tous les biens de la famille, celui-ci est confisqué et mis en vente.
La vente a lieu le 23 vendémiaire an III (14 octobre 1794), au chef-lieu du district, à Landerneau, à neuf heures du matin. Il s’agit de la seconde enchère pour ce bien. Elle débute à 678 livres.
Procédant ensuite à l’adjudication du second article porté sur l’affiche, consistant en un bois taillis au terroir de Penhoat Huon contenant sous fond cinq cent cordes, les bois ayant environ cinq ans, et provenant des émigrés héritiers (de) Guillemette de Poulpry, dont les premières enchères ont eu lieu le huit de ce mois. Nous avons ouvert les enchères sur la somme de six cent soixante-dix huit livres, montant de l’estimation.
AD29- 1 Q 202
Un premier feu (comprenez une bougie) est alors allumé. Deux hommes enchérissent, pour finir à 705 livres.
Après cela, le commissaire allume sept autres feux, durant lesquels plusieurs personnes continuent d’enchérir.
Le comissaire allume ensuite un neuvième feu. Le citoyen François-Marie DERRIEN propose d’acheter le bois pour la somme de 1250 livres.
Lors du dixième feu, personne ne va au-dessus de ce prix.
Il devient alors l’heureux propriétaire de ce bois.
François-Marie DERRIEN
François-Marie DERRIEN voit le jour le 11 mai 1765, à Plouédern. Il est le fils d’honorables gens Jean et Marie-Jeanne CAM.
Il est l’aîné d’une famille de sept enfants, dont un mort-né et une sœur morte durant l’enfance.
L’année 1776 est terrible pour François-Marie, ses frères et sœurs.
Le 10 février, sa mère décède, à l’âge de trente-et-un ans.
Le 24 juillet suivant, c’est son père qui meurt, à l’âge de trente-quatre ans. François-Marie, alors âgé de onze ans, assiste à l’enterrement.
Jean-Claude LE GUEN, maire de Landivisiau, devient alors le tuteur de François-Marie, ainsi que de ses frères et sœurs. Il est leur oncle par alliance.
Le 7 vendémiaire an IV (29 septembre 1795), François-Marie, trente ans, épouse Marie-Claudine LE GUEN, jeune fille de quinze ans. Elle est la nièce de Jean-Claude.
Ensemble, ils ont huit enfants, dont trois morts avant l’âge de six ans.
Ils passe leur vie à Landivisiau.
François-Marie y décède le 15 décembre 1837, à l’âge de soixante-douze ans.
- Découpage administratif de la France révolutionnaire. Il existe neuf districts dans le Finistère : Brest, Landerneau, Lesneven, Morlaix, Châteaulin, Carhaix, Pont-Croix, Quimper et Quimperlé ↩︎
- Billets de banque révolutionnaire. Sa valeur est garantie par la valeur de la terre. ↩︎
Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G