
Andrée Joly
Vendredi dernier, les XXVe J.O. d’hiver ont été officiellement ouverts à Milan et Cortina. L’occasion pour moi de vous parler d’Andrée Joly, ancienne championne olympique de patinage.
Son enfance
Andrée Marguerite Blanche JOLY vient au monde le samedi 16 septembre 1901. Elle naît au domicile de ses parents, au 15 de la rue Elzevir, dans le 3ᵉ arrondissement de Paris.
Andrée est la fille d’Antonin Léon, comptable, âgé de vingt-neuf ans, et d’Augustine Charlotte LEBLOND, couturière, âgée de vingt-deux ans.
Elle est la fille aînée du couple.
Andrée vient tout juste d’avoir cinq ans, lorsque sa petite sœur, Simone Irma Marcelle, voit le jour. La nouvelle-née vient au monde à Saint-Gilles-Lez-Bruxelles, en Belgique.
La famille ne reste pas longtemps unie. Le 9 novembre 1911, le tribunal civil de la Seine prononce le divorce entre ses parents. Le divorce se fait au profit de sa mère, Augustine, qui obtient la garde de ses deux filles.
Durant son enfance, Andrée vit entre Paris et Berlin, avec sa mère et sa sœur.
Andrée Joly, championne de patinage
Les premiers titres
Pendant la Première Guerre, vers 1916, alors qu’elle a quinze ans, Andrée débute dans le patinage.
Cinq ans après ses débuts, Andrée obtient son premier titre de championne de France.
L’année suivante, en février 1922, elle participe aux Jeux nordiques, à Stockholm. Andrée obtient la première place dans le concours de figures.
En plus du concours de figures en individuel, Andrée remporte la même épreuve, en couple. Son partenaire est un certain Pierre BRUNET1. Andrée ne le sait pas encore, mais cet homme va changer sa vie à jamais.

Le 5 mars suivant, au Palais des Glaces, Andrée participe au Championnat de France de figures sur glace. Pour la deuxième année consécutive, elle remporte la première place.
Le 18 mars, elle remporte la 3ᵉ place de l’épreuve en couple, avec Pierre Brunet.
En décembre 1922, Andrée obtient la première place aux Championnats des Clubs des Sports d’Hiver.
En 1923, Andrée conserve son titre de Championne de France en individuelle et obtient la deuxième place avec Pierre. Ils sont tous deux en lice pour les Jeux d’Hiver, à Chamonix.
L’aventure olympique
Les Jeux d’Hivers, qui deviennent par la suite, les premiers Jeux Olympiques d’Hiver, se déroulent donc à Chamonix, du 25 janvier au 5 février 1924.
Lors de ces jeux, les athlètes peuvent concourir dans neuf disciplines :
- Bobsleigh ;
- Hockey sur glace ;
- Patrouille Militaire ;
- Combiné nordique ;
- Patinage artistique ;
- Saut à ski ;
- Curling ;
- Patinage de vitesse ;
- Ski de fond.
Ces jeux d’hiver sont les premiers pour Andrée, qui n’a pas encore vingt-trois ans. L’épreuve de patinage se tient le mardi 29 janvier, à quatorze heures. Andrée doit affronter sept concurrentes, dont Sonja HENIE, jeune norvégienne, âgée de onze ans.
Lors de l’épreuve, Andrée fait une prestation que certains journalistes jugent médiocre mais que d’autres jugent excellente. Le jury lui attribue la cinquième place.
Mais les jeux ne sont pas terminés.
En effet, deux jours plus tard, Andrée participe à l’épreuve de patinage en couple, avec Pierre Brunet. Juste avant leur passage, ils sont photographiés par l’envoyé spécial du Miroir des Sports2.

Lorsqu’ils sont sur la glace, Andrée et Pierre entendent des « applaudissements nombreux qui leur chatouillent agréablement les oreilles« .
Grâce à leur prestation, ils obtiennent une belle médaille de bronze. Cette médaille fait partie des trois médailles de bronze remportées par les Français durant ces jeux.
Une pluie de médailles
La médaille remportée par Andrée et Pierre n’est que la première d’une longue série.
Les Champions de France
Le 3 mars suivant, toujours au Palais des Glaces à Paris, Andrée participe aux Championnats de France. Elle conserve facilement son titre. Ce jour-là, elle est la seule participante dans sa catégorie.
Le dimanche 16 mars, Andrée se présente une nouvelle fois avec Pierre pour le Championnat de France en couple. Ils obtiennent sans problème le titre.
Ainsi, Andrée est Championne de France en individuel et en couple.
Ce titre de Championne de France, Andrée le conserve jusqu’en 1930. Avec Pierre, elle obtient également le titre jusqu’en 1933 et une dernière fois en 1935.
La consécration
Andrée et Pierre participent au Championnat du Monde de patinage artistique en 1926. Celui-ci se tient à Berlin.
Et quelle meilleure date que le 14 février quand on participe en couple ?
Andrée et Pierre présentent leur programme devant les sept membres du jury et 10 000 spectateurs. Et quelle prestation !
Ils ont préparé celle-ci durant leurs trois semaines de congés, à Montana, avant le championnat. Ce temps, qui peut paraitre court, leur a été suffisant à la fois pour s’entrainer, mais aussi pour créer un nouveau porté.
Ce porté se nomme le saut de l’ange3.

Cette prestation, rapide et technique, leur offre le titre de Champions du Monde. C’est aussi une « revanche » sur le Championnat de 1925, auquel ils ont fini seconds.
Ce titre de Champions du Monde, Andrée et Pierre l’obtiendront aussi en 1928, 1930 et 1932.
En 1928, Andrée et Pierre participent aux JO de Saint-Mortiz. Mais tout ne se passe pas comme prévu …
Andrée souffre d’une bronchite et son épreuve individuelle est extrêmement compliquée. Elle termine onzième. Cependant, c’est une toute autre histoire qui l’attend avec son partenaire.
Malgré une blessure au pied pour Pierre, et la bronchite d’Andrée, le couple se lance, patins aux pieds, sur la glace.
Et ils offrent au jury une prestation exceptionnelle qui leur permet de gagner l’or olympique !
Cette médaille sera d’ailleurs la seule de ces jeux pour la délégation française.
Mme & Mr Brunet
Andrée et Pierre ne sont pas seulement partenaires de patins. Ils sont aussi partenaires au quotidien.
Le 1ᵉʳ juillet 1929, ils s’unissent à la mairie du XVIᵉ arrondissement de Paris. Désormais, c’est en tant que Mme & Mr BRUNET qu’ils participent aux différentes épreuves de patinage artistique.
En février 1932, ils participent une nouvelle fois aux JO. Ceux-ci ont lieu à Lake-Placid aux USA.
Là encore, le couple triomphe et remporte la médaille d’or. Là encore, il s’agit de la seule médaille de la délégation française.
Cette année 1932 est littéralement parfaite pour le couple. En plus du titre olympique, ils obtiennent le titre de Champions de France, d’Europe et du Monde, que demander de mieux !
Le 31 décembre 1933, le couple se trouve en Suisse, à Crans-sur-Sierre, avec leur petit garçon.
Ce jour-là, Andrée et Pierre partent skier. Pierre raconte la suite au journaliste de Match :
Nous faisions une descente à bonne allure, ma femme en tête, la neige, fraiche et uniforme, était rendue très éblouissante par le soleil, et nous vîmes trop tard que ce qui semblait être un changement de pente était en réalité un à-pic de quatre mètres. Ma femme fit aussitôt un Christiana, mais s’effondra au pied du talus, tombant sur de la terre gelée non recouverte de neige.
Après cette chute, Andrée ne se relève pas et est rapidement transportée à l’hôpital. Après des radios et autres examens, le verdict tombe. Elle a une vertèbre fracturée. Après plusieurs semaines dans un plâtre, puis un corset, Andrée se remet petit à petit.
Le couple revient sur la glace en 1935 et obtient une nouvelle et dernière fois le titre de Champions de France.
Sur l’ensemble de sa carrière, Andrée fut durant dix années consécutives Championne de France de patinage artistique en individuelle.
Avec Pierre, ils ont obtenus une médaille de bronze et deux médailles d’or aux JO, une fois le titre de Champions d’Europe, quatre titres de Champions du Monde, et onze titre de Champions de France.
Après leurs magnifiques carrières, Andrée et Pierre s’installent aux USA, où elle devient entraîneuse.
Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.