
Guimiliau en 1826
Pour rappel, Guimiliau se situe dans le Finistère Nord, plus précisément dans le pays du Léon, sur l’axe Morlaix-Brest. J’ai eu l’occasion d’en parler dans un précédent article.
Cette année je me plonge dans le Guimiliau de 1826.
Monsieur le Maire
Si de nos jours, nous élisons notre Maire, en 1826, il en est tout autrement.
À cette époque, pas d’élections. Le Maire est nommé directement par le Préfet, tout comme les Adjoints.
Le 18 janvier 1826, le Préfet du Finistère nomme Thomas LE MAGUET, propriétaire et cultivateur. Il le nomme pour la treizième année consécutive.
Qui est-il ?
Thomas voit le jour à Guimiliau, au manoir de Kerduff le 13 août 1762. Il est le fils de Bernard et Catherine CROGUENNEC. Le nouveau-né est baptisé le lendemain. Il a pour parrain Thomas LE MAGUET, son grand-père, et Catherine CROGUENNEC, sa tante.
Le jeune homme quitte ensuite Guimiliau pour s’installer à Bérhet, dans les Côtes-d’Armor1.

Il revient dans le Finistère pour se marier, à l’aube de la Révolution.
Le 14 juillet 1788, à Guiclan, Thomas épouse Anne POULIQUEN. Le couple s’installe dans la commune. C’est là que naissent leurs huit premiers enfants.
Entre 1805 et 1807, Thomas revient à Guimiliau. Avec sa famille, il s’installe à Kerduff Pella. Deux nouveaux enfants y voient le jour. Anne en 1807 et Yves en 1812. Ce dernier vit seulement quelques mois.
En octobre 1813, Thomas est nommé Maire de Guimiliau par le Préfet. Le mois suivant, le 11 novembre, il célèbre, en tant que Maire et père, le mariage de sa fille aînée, Catherine, avec Jean Le SCANF.
Il en fait de même le 8 février 1814, pour le mariage de sa fille Françoise, avec Jean ROUE.
En revanche, il laisse sa place d’officier d’état civil à son adjoint le 11 mai 1816. Ce jour-là, Thomas, qui a bientôt cinquante-trois ans, vient déclarer la naissance de son dernier enfant, Thomas, né le matin même.
Lorsqu’arrive l’année 1826, Thomas a soixante-trois ans.
Le 18 janvier de cette année-là, le Préfet le nomme Maire une fois de plus.
Le 12 février, il prête serment devant le conseil municipal. C’est la treizième fois que Thomas le fait, c’est pour lui une simple formalité.
Thomas occupe le poste jusqu’à son décès. Il tombe malade dans le courant du mois de juin 1828. Son adjoint prend alors le relais.
Il s’éteint chez lui, à Kerduff, le 1er août 1828, à quatre heures du soir. Il a soixante-cinq ans.
Les conseils municipaux
Durant cette année 1826, les conseils municipaux sont peu nombreux. Il n’y en a que trois …
Le premier a lieu le 12 février. Ce jour-là, Thomas prête son serment de Maire2.

Aujourd’hui, le douze février mil huit cent vingt-six, devant nous Alain Couloigner, doyen du Conseil Municipal de la commune de Guimiliau,
S’est présenté le sieur Le Maguet Thomas, propriétaire et cultivateur, nommé Maire de la dite commune de Guimiliau par arrêté de Monsieur le Préfet du Finistère, du 18 janvier dernier, qui après avoir pris connaissance dudit arrêté nous a déclaré accepter les fonctions qui lui sont confiées et a prêté en nos mains le serment de fidélité au Roi, obéissance à la Charte constitutionnelle et aux lois du Royaume.
De tout quoi nous avons rapporté le présent procès verbal pour servir d’installation audit sieur Maguet, qui a signé avec nous.
Son adjoint, Pierre-Yves GRALL en fait de même. Il est nommé en remplacement d’Yves Marie Bonaventure TERRIEN, adjoint démissionnaire.
Le second conseil a lieu huit jours plus tard. Le 20 février, Hervé Marie GRALL devient conseiller municipal. Il prend le poste de Pierre-Yves.
Enfin, le dernier conseil se tient le 20 novembre, pour voter le budget de l’année 1827.
Deux autres évènements de la commune, inscrits dans le registre des délibérations, concernent plutôt l’église. Le 5 mars, se tient le renouvellement des membres de la Fabrique.
Dans le courant du mois de novembre, Jean-Marie MERCER, originaire de Guiclan, est nommé instituteur.
Les Guimiliens
En 1826, la commune compte environ 1 400 habitants, contre 1 000 aujourd’hui.
L’année débute par une naissance. Le 2 janvier, Thomas dresse l’acte de Marie-Anne LEON, née à une heure du matin. Elle est la fille d’Yves, cultivateur, et de Marie-Françoise LE BRAS. Le couple vit à Créach ar Bleis.
Marie-Anne est la première des soixante-deux enfants à naître sur la commune durant l’année. Les naissances sont équilibrées. Il y a trente-deux filles et trente garçons.
Contrairement au siècle précédent, les prénoms sont un peu plus variés. Mais les classiques sont toujours là.
Mention spéciale tout de même pour Françoise Marie Alouisia et Marguerite Alanette. Les parents ont fait preuve d’originalité.


Thomas enregistre le premier décès de la commune le 7 janvier. Ce jour-là, à 0h30, Guillaume LE ROUX, jeune homme de vingt-six ans, décède chez lui à Kerforn. Il est le fils de feu Jean LE ROUX et de Catherine FAGOT.
Il y aura en tout quarante-cinq décès durant l’année. Vingt-deux d’entre eux sont des enfants, dont huit nés dans le courant de 1826.
- Marie-Yvonne BRONNEC, née le 12 janvier, décédée quatre jours plus tard ;
- Jean-Marie Olivier CROGUENNEC, né le 23 mars, décédé sept jours plus tard ;
- Jacques Pascal LANGUILL, né le 31 mars, décédé le 8 avril ;
- Nicolas Marie SPAGNOL, né le 10 juillet, décédé le 29 ;
- Berthélémy FLOCH, né le 7 mai, décédé le 26 août ;
- Jean-Marie JONCOUR, né le 20 mai, décédé le 6 septembre ;
- Joseph Raphaël LE ROUX, né le 24 octobre, décédé le 13 novembre.
Le pic des décès a lieu en mars et avril (sept et neuf décès), celui des naissances en janvier et mars (dix). À noter qu’aucun décès n’a lieu en mai et juin.

Enfin, sept couples se marient dans la commune en 1826. Le premier a lieu le 27 janvier. Ce jour-là, Thomas unit Marie-Cécile LE RUS, de Pen ar Vern, avec François POULIQUEN, de Saint-Thégonnec.
Les chemins vicinaux
En théorie, lorsqu’une commune vote le budget, c’est bien souvent pour une augmentation des impôts. Ces impôts servent ensuite aux diverses dépenses, dont celles pour la réparation des routes.
Cependant, à Guimiliau, les habitants ne sont pas bien riches. Plutôt que de les imposer, il a été décidé de les employer directement pour la réparation des routes.
De ce fait, des journées de travaux sont prévues pour chaque personne, chaque charrette, chaque cheval et chaque couple de bœufs. Pour l’année 1826, des journées de travaux sont prévues pour chaque catégorie.
Le budget de 1825 pour 1826 prévoit deux périodes de travaux pour la réparation des routes.
La première a lieu du 1er mai au 15 juin. La seconde débute le 1er octobre et se termine une fois tous les jours de travaux épuisés.
Les Guimiliens travaillent de cinq heures du matin à sept heures du soir.
Durant cette longue journée, les guimiliens ont le droit à trois pauses :
- De huit à neuf heures du matin ;
- De midi à une heure du soir ;
- De quatre heures à quatre heures trente du soir.
Ainsi, les habitants remettent les axes principaux de la commune en état.
Néanmoins, les plus riches peuvent échapper aux travaux en payant. De même, ceux qui ne se déclarent pas un mois avant le début des travaux doivent payer.
Le tarif est le suivant :
- 0,75 centimes de francs par personne ;
- 1 franc pour chaque cheval ;
- 1,50 franc par couple de bœufs ;
- 2 francs par charrette.
Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.
Bravo et merci Noéline pour cette tranche de vie communale.
Merci Charles-Emmanuel 🙂
Ce deuxième article sur Guimiliau est aussi captivant que le premier ! J’ai particulièrement apprécié la structure avec des titres pour chaque partie : le maire, le conseil municipal, les habitants. En ce qui concerne ta mention, je suis d’accord, Alouisia et Alanette… Difficile de dire lequel des deux est le plus original! J’ai également beaucoup aimé le paragraphe consacré aux enfants décédés en 1826, qui se présente comme un véritable hommage à ces petits anges.
Merci Alexandra
J’aime retracer l’histoire de ma commune et d’autres articles suivront surement 😀