
L’élection municipale
Lors de la dernière élection municipale des 15 et 22 mars 2026, nous avons pu voter pour une liste, pour des idées et des convictions. Après cela, les différents conseils municipaux ont officiellement élu les maires.
Mais savez-vous que ces élections municipales ont eu lieu pour la première fois, il y a deux cent trente-six ans ? Et que le vote n’était pas tout à fait le même qu’aujourd’hui ?
Venez découvrir comment les premiers maires furent élus en 1790. Je prendrai ici l’exemple de ma commune, Guimiliau. À cette époque, 1 768 âmes vivent dans la commune.
La fin d’une organisation
Avant la Révolution, les communes n’existent pas. Il n’y a donc pas de maires à proprement parler.
Sous l’Ancien Régime, la commune se nomme paroisse.
La paroisse est gérée par le curé et par le Général de Paroisse.
Le curé se charge d’inscrire dans son registre les actes de baptêmes, mariages et sépultures. Ces registres paroissiaux sont les ancêtres directs des actes d’état civil. Tout comme aujourd’hui, ils servent à prouver un âge, une filiation, un décès…
Le Général de Paroisse, quant à lui, est l’équivalent du conseil municipal. Il représente le corps politique. Il se compose des notables de la paroisse.
Les notables, se réunissent le dimanche, après la messe. Leur réunion se fait sous le porche sud de l’église, magnifiquement conservé. Ils prennent alors les décisions importantes pour la paroisse. Bien évidemment, les notables les plus riches ont le plus de pouvoir.

Cette gestion spirituelle et temporelle se maintient dans les paroisses jusqu’à la Révolution.
Elle prend fin avec la loi du 14 décembre 1789, loi pour la constitution des municipalités. Elle comporte soixante-deux articles.
L’article 2 stipule que les membres des municipalités en place seront remplacés par une élection.
L’article 4 introduit le nom de maire : Le chef de tout corps municipal portera le nom de maire.
Bien sûr, il faut un peu de temps avant que cette loi ne s’applique sur tout le territoire.
Le début d’une autre
Le vendredi 12 février 1790, le Général de la paroisse se réunit dans l’église. Évidemment, à ce moment, la mairie n’existe pas encore.
Ce jour-là, François LEVER, secrétaire du Général, prend la parole. Il s’exprime en français, mais aussi en breton, pour que toute l’assemblée le comprenne.
Il dit :
Messieurs le corps politique vous a assemblé ici pour pourvoir à la confection d’une municipalité et à l’élection des différents membres qui la compose. On vous prie de vous conformer aux dispositions du décret du quatorze décembre 1789, sanctionné par sa majesté le dix-huit.
À présent, il faut donc voter pour élire les membres du futur conseil municipal.
Aujourd’hui, tout le monde peut voter, mais ce n’était pas le cas de nos ancêtres. Qui a pu voter en 1790 ?
À Guimiliau, seuls les citoyens dits actifs, peuvent le faire. Pour être définis comme tel, il faut être en mesure de payer trois journées d’impôts directs, soit 45 sols (15 par journée).
Qui peut se présenter ? Là encore, c’est une histoire d’argent. Seuls les plus aisés peuvent être élus. Si un citoyen veut se porter candidat, il doit payer 7 livres et 10 sols d’impôts.
Mais il ne suffit pas d’être « riche ». Si le candidat a fait faillite, il ne pourra pas se présenter. Ses enfants sont également dans l’impossibilité de le faire.
Autre spécificité, deux hommes de la même famille, ne peuvent être élus en même temps : père et fils, beau-père et gendre, frère et beau-frère, oncle et neveu. Si les deux sont élus, l’un doit laisser sa place à l’autre.
La première élection
Vu la population de la commune (1 768 habitants), il faut pour Guimiliau, un maire, bien sûr, mais aussi cinq officiers municipaux, un procureur et douze notables.
Comme aujourd’hui, le maire se fait élire à la majorité absolue.
Ce 12 février, le président et le secrétaire de l’assemblée sont élus. Pour le dépouillement, les trois hommes actifs (évidemment), les plus âgés, sont nommés scrutateurs. Il s’agit de Guillaume POULIQUEN, de Ty Névez, Hervé COAT, de Penhoat HUON, et François BRAS père, de Kerven.
Ils se sont tous trois placés aux marches de l’autel pour réaliser le dépouillement.
Le scrutin donne le résultat suivant : Président, François BRAS fils, Secrétaire, François LEVER. Les deux hommes prêtent ensuite serment :
Je promets de maintenir de tout mon pouvoir la constitution du Royaume, d’être fidèle à la nation, à la loi, et au Roy, de choisir en mon âme et conscience les plus dignes de la confiance publique et de remplir avec zèle et courage les fonctions civiles et politiques qui pourront m’être confiées »
Après cette élection, beaucoup d’hommes, tant électeurs que candidats, ont d’autres choses à faire, François LEVER lève la séance et la reporte au 19 février suivant.
Le premier maire et conseil
C’est ainsi que, le vendredi 19 février 1790, l’élection du premier maire de Guimiliau a lieu.
Sur les 1 768 habitants de la commune, seuls 121 peuvent voter, soit 6,84% de la population.
Ainsi, sur 121 voix, le maire est élu avec 83 voix, soit 68,6 % des suffrages. Il s’agit de Gabriel LE BRAS, de Kerriou (aujourd’hui, sur la commune de Saint-Sauveur).
Il faut également voter pour les cinq conseillers. Ce jour-là, lors du premier scrutin, seuls deux obtiennent le nombre de voix suffisantes : Hervé CLOAREC, de Keréon, et Jean MESSAGER, de Goasven.
Se faisant tard, François LEVER reporte la séance au dimanche 21. Furent élus à la fin du vote : Bernard LE MAGUET, de Kerduff ; François BRAS fils, de Kervern, et Claude LAZENNEC, de Ros-an-Cloarec.
Lors de ce scrutin, notre secrétaire, François LEVER, est élu procureur de la commune. Les douze notables sont également nommés.
C’est ainsi que, le dimanche 21 février 1790, les Guimiliens ont voté pour leur premier maire et leurs premiers conseillers municipaux.
En comparaison, le 15 mars 2026, sur les 994 habitants de Guimiliau, 745 habitants furent inscrits sur la liste électorale.
Ce jour-là, 572 électeurs sont venus voter, soit 76,78% des inscrits. Ce pourcentage est bien plus élevé que la moyenne nationale qui s’élève à 57%.
Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.
Merci Noëline pour ces explications sur les débuts de notre système électoral et le récit de cette première élection à Guimiliau.
Merci Charles-Emmanuel 🙂