
Histoire de guerre
Si j’avais participé au challenge AZ de Généatech, cet article se serait appelé H comme Histoire de guerre.
Voici une histoire de guerre, comme il en existe tant. Venez découvrir le parcours de Joseph SPAGNOL, soldat finistérien de la Grande Guerre.
Un avenir tout tracé
Charles Marie Joseph SPAGNOL vient au monde le vendredi 13 mars 1890, à dix heures du soir. Il nait au Suler, à Loctudy1.
Joseph est le fils de Pierre, maçon, âgé de trente-et-un ans, et de Marie Michelle MINOR, ménagère, âgée de vingt-sept ans.
Le nouveau-né est le troisième enfant de la famille. Il a deux frères, Pierre Corentin Marie et Jacques Marie Michel.
Peu après sa naissance, Joseph et sa famille partent vivre à Pluguffan, au lieu de Kersabiec.

Le samedi 6 juin 1893, le deuil frappe la famille. Ce jour-là, à quatre heures du matin, Pierre, le père, décède, à l’âge de trente-quatre ans.
Le petit Joseph, qui n’a que trois ans, vit désormais avec sa mère et ses frères.
Après ce drame, ils reviennent au Suler.
Joseph grandit, et suit Pierre et Jacques sur les bancs de l’école. Adolescent, il devient apprenti en maçonnerie. À vingt ans, il devient, tout comme son père, maçon.
En 1911, le jeune homme est exempté du service militaire (la raison est inconnue). Il vit seul avec sa mère, Marie, âgée de quarante-neuf ans.
Joseph mesure 1,70 m. Il est châtain aux yeux gris, a un front haut, une bouche et un nez moyens, un menton rond et un visage ovale. Il sait lire, écrire et a reçu un enseignement primaire2.
Le 28 juin 1914, François Ferdinand, l’archiduc et héritier de l’Autriche-Hongrie, est assassiné, avec sa femme, Sophie CHOTECK. Le meurtrier est Gavrilo PRINCIP, un nationaliste serbe.
Petit à petit, les tensions augmentent entre les deux pays, et le conflit s’envenime. Par divers jeux d’alliance, il se transforme en guerre mondiale.
Le 1ᵉʳ août 1914, la France lance son ordre de mobilisation générale. Le lendemain, les affiches sont placardées partout dans le pays.
La Première Guerre Mondiale
Entre le 4 et le 11 août, Pierre et Jacques, les frères de Joseph, partent au combat. Pour l’heure, Joseph reste à Loctudy, mais pas pour longtemps.
En octobre 1914, le conseil de révision de Pont-l’Abbé le juge bon pour le service.
D’un régiment à l’autre
Le 15 février 1915, il intègre le 118ᵉ Régiment d’Infanterie, mais reste à la caserne. Il en est de même le 1ᵉʳ juillet suivant, lorsqu’il arrive au 151ᵉ RI, puis le 5 octobre de la même année, au 97ᵉ RI.
Le 10 octobre 1915, Joseph part au combat. Il fait désormais partie du 415ᵉ RI.
La première année de guerre
Le 415ᵉ RI est un nouveau régiment, puisqu’il existe depuis le mois de mars 19153. Lorsque Joseph l’intègre, en octobre, le régiment se trouve en Champagne.
Après quelques semaines de repos, le régiment prend place dans les Vosges, sur les flancs de l’Hartmannswillerkopf et puis… Verdun.
Le 15 mars 1916, les soldats arrivent sur place. Ils occupent un poste légèrement en arrière, celui d’Eix-La-Fiéveterie, puis s’avancent, à Laufée-Eix (le 8 mai).
Le 13 mai, les hommes du 415ᵉ RI se positionnent devant le fort du Douaumont. Ils tiennent le ravin de la Caillette. Quatre jours plus tard, le 17, Joseph reçoit un éclat d’obus dans la main gauche. Il est évacué et conduit à l’hôpital temporaire de Chaumont.

Il retrouve ses camarades le 1ᵉʳ juin. À cette date, le régiment part au repos, jusqu’au 25.
En juillet, les hommes effectuent deux séjours aux Éparges. Dans ce secteur, les bombardements allemands sont violents. Une explosion de mine fait soixante-cinq morts, blesse cent trente-trois soldats et vingt-deux hommes disparaissent.
À la fin de ce mois, le régiment tient le secteur des Hures, non loin des Éparges. Il y reste jusqu’au 9 août.
Le 11 août, le régiment prend place au Fort de Vaux, dans le secteur du Chenois. Jusqu’au 28 août, les trois bataillons du 415ᵉ RI se relèvent successivement dans les tranchées.
Début octobre, le régiment quitte Verdun, après six mois passés dans cet enfer.
Pendant ces combats, le Régiment n’a jamais cédé à l’ennemi un pouce de terrain ; il a même avancé à plusieurs reprises. Malgré la fatigue, le bombardement, les difficultés du ravitaillement, il a exécuté sans une défaillance l’ordre qu’il avait reçu : de tenir.
1917, deuxième année dans les tranchées
Après Verdun, les hommes sont conduits dans la Marne, au Nord-Ouest de Reims, dans le secteur du Luxembourg et de la Maison-Bleue.
En décembre 1916 et janvier 1917, ils travaillent à l’organisation du camp de Paris.
Entre mars et juin, le régiment se rend par deux fois aux Éparges. Il reste vingt-quatre jours, se retire, puis revient vingt-quatre jours. Durant ces périodes, des patrouilles pénètrent à plusieurs reprises les tranchées allemandes.
À la fin du mois de juin, les soldats partent au repos, jusqu’à la fin du mois de juillet.
Le 25 juillet, le régiment subit un violent bombardement. Les Allemands essaient de franchir les lignes, mais leur progression est ralentie par la défense du 415ᵉ RI.
Le 3 août, le régiment part une nouvelle fois en repos, pour un mois.
À la fin du mois, le 30, il revient dans le secteur de Verdun, à Hardaumont. Il occupe ensuite le secteur de Bezonvaux4, à partir du 25 septembre.

Le 1ᵉʳ octobre, après une préparation efficace de l’artillerie, les Allemands pénètrent dans les lignes du 415ᵉ RI. Les hommes contre-attaquent efficacement et l’ordre est vite rétabli.
Ce jour-là, Joseph se blesse au poignet gauche (suspicion de fracture). Le 2, il est évacué vers l’hôpital nᵒ 28 de Chaumont, où il arrive le 3. Le 21 novembre, il est conduit à l’hôpital nᵒ 15 de la même ville.
Après deux mois de convalescence, Joseph revient sur le front. Il retrouve son régiment au secteur du Téton, en place depuis novembre. Durant quatre mois, les hommes multiplient les réseaux dans les tranchées et réparent sans cesse les dégâts causés par l’hiver.
Les derniers mois de guerre
Le 27 mars 1918, le 415ᵉ RI se dirige vers la Somme. Malheureusement, il n’y a pas assez de camions et deux compagnies doivent attendre le lendemain pour partir.
Il faut deux jours au régiment pour arriver à destination. La situation est difficile.
Le 1ᵉʳ bataillon part combattre aussitôt. Il arrête net la progression des Allemands. Ces derniers n’ont pas d’autre choix que de se replier dans les tranchées pour la nuit.
Ce retranchement permet au 415ᵉ RI d’organiser rapidement ses positions dans le secteur, sur la rive de l’Avre.
Du 30 mars au 2 avril, les soldats repoussent quotidiennement les Allemands.
Le 2 avril 1918, à vingt-et-une heures, les soldats allemands attaquent violemment. Les hommes du 415ᵉ RI tentent de résister, en vain. Ils doivent se replier.
Lors de cette bataille, Joseph reçoit plusieurs balles dans les jambes. Il est gravement blessé…
- AD29- 3 E 165/14/10 ↩︎
- AD29- 1 R vvvv ↩︎
- Il n’existe pas de JMO du 415e RI. Infos issues de l’Historique- © Argonnaute ↩︎
- Vue après 1916- Coll. privé- © Georg Diancourt ↩︎
Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.
Narration de son parcours très intéressante. Pour en savoir plus sur le motif de son exemption par le Conseil de révision, si vous avez l’occasion de vous rendre aux AD29, le procès-verbal des opérations du conseil de révision donne pas mal d’indications complémentaires.
Je vous remercie pour votre commentaire. Depuis la rédaction de l’article, j’ai consulté la série R, mais je n’ai eu le temps de faire la MAJ 🙂