
Le Permis de conduire
Ma deuxième participation officieuse au challenge AZ avec le P comme le Permis de conduire.
Beaucoup d’entre nous possèdent le célèbre papier rose. Ce simple petit bout de papier nous autorise à conduire.
Voici son histoire, avec le permis de Joseph SPAGNOL, notre soldat.
Blessé de guerre
Le 2 avril 1918, Joseph reçoit plusieurs balles dans les jambes. Gravement blessé, il est conduit à l’hôpital temporaire de Beauvais, puis à Moulins et à Montluçon.
Le 11 octobre 1918, il rentre en Bretagne, à l’hôpital temporaire 115 de Rennes. Joseph se remet peu à peu de ses blessures. Il obtient même un congé de convalescence d’un mois, du 20 décembre 1918 au 19 janvier 1919. Le lendemain, il entre à l’hôpital temporaire nᵒ 83 de Rennes.
Cependant, la blessure de sa jambe droite est trop grave. Il faut amputer pour sauver ce qui peut l’être.
Joseph est définitivement réformé le 17 mai 1919. Le lendemain, il peut rentrer chez lui.
En plus de son amputation, Joseph souffre de pleurite (infection pulmonaire), qui entraine une bronchite chronique. Il souffre également de troubles digestifs. Ces différents problèmes de santé perdureront à travers le temps.
Joseph, amputé, a du mal à supporter sa prothèse. La cause ? Une tumeur extrêmement douloureuse à l’extrémité du moignon.
Joseph doit subir une nouvelle opération, pour retirer la tumeur. Après cela, il obtient une nouvelle prothèse.
Les décorations
Comme de nombreux (voir tous) soldats, Joseph est un héros de guerre.
Le 14 janvier 1918, il reçoit une citation à l’ordre du régiment.
Bon soldat ayant toujours accompli son devoir, a été blessé une 1ʳᵉ fois le 17-5-1916 à la Caillette, une 2ᵉ fois le 2-10-1917 à Bézonvaux.
Le 25 octobre 1918, Joseph reçoit la Médaille Militaire. Il est décrit comme étant un excellent soldat, doté d’un brillant courage. Il reçoit également la Croix de guerre avec étoile de bronze.
Enfin, le 28 octobre 1938, Joseph est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Il est promu Officier le 23 septembre 1947.
La vie civile
Après la guerre et ses différentes hospitalisations, Joseph revient à la vie civile. Vie qui semble bien loin quand on a vécu l’horreur.
Du fait de son état de santé, Joseph ne peut plus être maçon. Il devient employé de préfecture et s’installe à Quimper.
Le 1ᵉʳ juin 1920, Joseph a trente ans. Ce jour-là, il épouse Marie-Josèphe LE PAGE, cuisinière, âgée de vingt-sept ans1.
L’année suivante, le 16 mai, Marie donne naissance à une petite fille, Yvonne Madeleine. Elle est leur unique enfant.
Joseph et sa famille passent une partie de leur vie à Quimper, puis une autre à Nantes.
Joseph y décède le 14 avril 1973, à l’âge honorable de quatre-vingt-trois ans.
Et le permis de conduire dans tout ça, me direz-vous ? J’y viens.
Le certificat de capacité
Le certificat de capacité est l’ancêtre du permis de conduire.
Dans les années 1890, les véhicules à moteur apparaissent, avec leur lot d’accidents.
En 1893, le Préfet de Paris, Louis Lépine (plus connu pour le concours du même nom), instaure un examen qui permet de circuler dans la capitale uniquement.
Cet examen est relativement léger. Si le jeune homme (vingt-et-un ans et plus), arrive à démarrer, s’arrêter, se diriger, et possède quelques notions de mécanique, c’est dans la poche !
Le décret du 10 mars 1899 étend cet examen à toute la France. Le Préfet délivre le certificat de capacité uniquement sur l’avis du service des mines, qui fait passer l’examen. Ce dernier délivre aussi les plaques d’immatriculation.
Nul ne pourra conduire une automobile, s’il n’est porteur d’un certificat de capacité délivré par le Préfet du département de sa résidence, sur l’avis du service des mines.
En plus du démarrage et de l’arrêt, le candidat doit aussi être prudent, garder son sang-froid en toute circonstance, avoir un bon coup d’œil et de bons réflexes, notamment pour le freinage.
À quelques détails près, l’examen se passe comme aujourd’hui. L’examinateur prend place à côté du conducteur. Sur un parcours, à différentes vitesses, il fait prendre des virages au candidat, vérifie les freinages… Il lui pose aussi des questions sur le rôle des différentes pédales et leviers du véhicule.
Pour passer l’examen, le candidat se formait directement chez un constructeur automobile, ou un garagiste.
Le certificat de Joseph SPAGNOL
Le 3 novembre 1914, le jeune Joseph, âgé de vingt-quatre ans, dépose sa demande à la Préfecture. Pour l’heure, il n’est pas encore parti combattre.
Il joint à celle-ci plusieurs documents : un extrait d’acte de naissance, un justificatif de domicile, un certificat de son patron, Félix MAUBRAS, qui atteste que Joseph a bien été employé comme ouvrier maçon et deux photographies.
Joseph apprend à conduire son véhicule au garage Jubaud, à Quimper. Ce dernier se trouve à deux pas de la Préfecture et de la Cathédrale Saint-Corentin.
Le jeune homme passe l’examen avec succès et obtient son certificat de capacité le 16 novembre 1914. Il peut conduire une voiture à pétrole2.


Et puis vient la guerre et ses blessures.
Le permis de conduire
En 1917, les premières auto-écoles apparaissent. Celles-ci sont dans un premier temps réservées au conducteur de l’armée. Après la guerre, elles se généralisent.
Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver des auto-écoles dans les débits de boissons…
En 1921, le fameux Code de la route fait son apparition, mais celui-ci n’est pas encore obligatoire pour l’obtention du certificat de capacité.
Ce dernier disparait en 1922, pour faire place au permis de conduire. Cette année-là marque un tournant dans l’histoire de l’automobile. Le permis devient accessible aux femmes, et aux hommes de dix-huit ans et plus.
L’examen se corse, avec le passage du code de la route. Il est désormais nécessaire de connaitre les règles de circulation pour obtenir son permis ! L’examen se fait avec un examinateur agréé par la Préfecture, et non plus par le service des mines.
Et enfin ! Le permis est rose pour toutes les automobiles.
Le permis de Joseph SPAGNOL
En 1918, Joseph reçoit des balles dans les jambes. Il est grièvement blessé et l’amputation est nécessaire pour la jambe droite.
De retour à la vie civile, il ne peut plus conduire. De plus, sa jambe droite le fait souffrir, à cause d’une tumeur.
Après une nouvelle opération et une nouvelle prothèse, Joseph se sent prêt à reprendre le volant.
Le 18 janvier 1932, il adresse un courrier au Préfet du Finistère.
Monsieur le Préfet,
J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me convoquer le plus tôt possible devant la commission d’examen de permis de conduire des véhicules automobiles, pour l’obtention d’un permis régulier.
Je suis déjà détenteur d’un permis ancien modèle, avant mon amputation, et je désire continuer sur une voiture touriste aménagée, pour corriger mon infirmité résultant de mon amputation de cuisse droite.
Je déclare en outre, n’être pas privé du droit de conduire par suite de retrait de permis.
Deux mois plus tard, le 10 mars 1932, soit dix-sept ans après son certificat de capacité, Joseph obtient son permis de conduire.
Le Préfet l’autorise à conduire une voiture aménagée, qui permet le débrayage et le freinage avec une seule et même pédale. Cette pédale est actionnée par une manette à gaz, située à proximité de la main.
Ainsi, Joseph peut de nouveau conduire, sans contrainte liée à son amputation.

Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G