Le beurre salé ou demi-sel sont, je ne vous le cache pas, très consommés en Bretagne.

Mais pourquoi donc les Bretons mangent du beurre salé ? Parce qu’il s’agit du seul qui existe !

Plus sérieusement, cela vient de la gabelle. Instauré dans presque tout le Royaume de France au Moyen Âge, cet impôt sur le sel ne touche pas la Bretagne. De ce fait, les Bretons ont pu continuer à saler le beurre, tandis que le reste du Royaume devait manger du beurre doux.

Pour simplifier, je parle de beurre salé. Mais il faut savoir que le beurre salé contient au minimum 3% de sel et que le beurre demi-sel doit contenir entre 0,5 et 3% de sel.

Dans cet article, je vous raconte l’histoire de son exportation outre-Manche et outre-Atlantique, de 1900 à 19161.

Une exportation difficile

Au début des années 1900, les exportations de produits français sont en baisse. Parmi ces produits se trouve le beurre.

Le 22 novembre 1902, le Ministre de l’Agriculture, Léon Mougeot, informe le Préfet du Finistère, Henri Collignon, qu’il a l’intention de réunir une commission. Celle-ci a pour but de trouver une solution face à la baisse des exportations.

Deux jours plus tard, le Préfet adresse un courrier aux chambres de commerce et aux sociétés d’agriculture du département. Il leur demande un rapport « en insistant plus particulièrement sur les causes qui influent sur la diminution du chiffre des exportations de beurre français ».

Le 5 décembre suivant, le Président de la chambre de commerce de Morlaix répond au Préfet. Les causes de la baisse des exportations de beurre ? Les droits de douane et la concurrence d’autres pays…

En ce qui touche les beurres, ce qui nuit particulièrement à l’exportation de cette denrée, c’est le chiffre élevé des droits d’importation, surtout au Brésil.

Pour l’Angleterre et ses colonies, ce qui a influé sur la diminution du chiffre d’exportation c’est la concurrence toujours plus ardente du Canada, du Danemark et surtout, tout récemment, de la Russie qui expédie sur les marchés anglais des quantités considérables de beurre venant de la Sibérie.

À cela nous ne voyons pas de remède.

Dans les mois qui suivent, les différents rapports aboutissent aux mêmes conclusions en ce qui concerne la concurrence des pays nordiques. Au Danemark, en Finlande et en Sibérie, les agriculteurs se sont réunis en coopérative et possèdent du meilleur matériel. De ce fait, ils ont la possibilité de fabriquer du beurre en quantité et de même qualité toute l’année.

Les cultivateurs du Finistère, quant à eux, sont mal équipés. Ils n’ont pas d’autre choix que de fabriquer le beurre avec les aléas climatiques.

Au printemps et en automne les températures permettent de fabriquer un beurre de qualité. En revanche, en été le beurre devient trop mou, et en hiver, il devient trop dur et cassant.

De plus, la qualité du beurre varie en fonction de l’alimentation des vaches. Le lait est meilleur à partir du printemps car elles peuvent se nourrir d’herbe bien verte et grasse. En hiver, elles doivent se contenter de fourrage sec.

Pour que les exportations de beurres bretons reprennent, il faut créer des coopératives en plus grand nombre. Quelques coopératives finistériennes existent déjà, mais elles ne fournissent pas suffisamment de beurre.

Il faut également aider les cultivateurs et producteurs à s’équiper. Ces nouveaux équipements permettraient de fabriquer du beurre d’une qualité identique toute l’année.

Le 10 avril 1903, le Préfet transmet les conclusions des différents rapports au Ministre de l’Agriculture.

Dans les dix années qui suivent, l’exportation de beurre repart à la hausse en Angleterre mais …

La guerre et le beurre salé

… La Première Guerre Mondiale éclate.

Un peu plus d’un an après le début du conflit, l’export de beurre salé devient interdit, sans autorisation préalable, et ce peu importe sa destination.

Cependant, jusqu’au 15 février 1916, le beurre salé peut être librement exporté en Amérique du Sud.

Cet arrêté ministériel, en date du 27 décembre 1915, est notifié à tous les producteurs et négociants de beurre. Le Maire de la commune, ou le Commissaire de police le plus proche, s’en charge.

Le 23 mai 1916, Sébastien RAPHALEN, patron d’une laiterie à Plonéour-Lanvern, adresse une demande d’autorisation au Préfet. Il souhaite envoyer du beurre non salé en Angleterre.

L’exportation des beurres pour l’Angleterre étant ouverte, j’ai l’honneur de vous adresser, à cet effet, une demande d’autorisation pour l’exportation de mes produits pour ce pays, il ne s’agirait que des beurres non salés.

Dans l’espoir d’obtenir satisfaction, j’ai l’honneur de vous présenter Monsieur le Préfet, mes respectueuses salutations.

Malheureusement, le Préfet ne peut lui-même autoriser l’exportation. Pour pouvoir envoyer son beurre en Angleterre, Sébastien doit remplir une demande en cinq exemplaires et l’adresser à l’Administration centrale des douanes.

Cette lourdeur administrative déplaît aux producteurs qui ne manquent pas de le faire savoir à la fin de l’année 1916.

Fort heureusement, la guerre se termine deux ans plus tard et les exportations de beurres peuvent reprendre.

D’ailleurs, aujourd’hui encore, vous avez la possibilité d’acheter du beurre breton en Angleterre !


  1. Toutes les infos et photos de cet article sont issus de la cote 8 M 43 des AD29 ↩︎

Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G

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