
La Buchet de type A
La Buchet de type A est un modèle de voitures construit vers 1912. Celle que je présente ici a connu trois propriétaires en l’espace de deux ans et parcouru les routes dans les environs de Soissons.
Elie-Victor BUCHET, le pionnier
En matière de moteur, Elie-Victor BUCHET est un pionnier. Natif de Nantes, il est le premier à proposer des moteurs à soupapes. Elie dépose son brevet en Angleterre en 1899.
Les moteurs construits par Elie sont légers, mais puissants. Ils équipent tous types de véhicules (ballons dirigeables, motocyclettes, voitures …) et permettent à de nombreux coureurs de remporter des courses.
Très vite, Elie se fait un nom dans le milieu automobile et obtient un grand nombre de clients. Initialement présente à Paris, la société déménage à Levallois-Perret.
Petit à petit, l’entreprise se fait connaître à l’international.
Les moteurs, en plus d’équiper les véhicules terrestres, équipent désormais les premiers avions.
Malheureusement, Elie décède prématurément, en 1902, à l’âge de quarante-deux ans. L’entreprise est mise en vente et rapidement reprise.
Il faut attendre 1910 pour que le motoriste devienne constructeur automobile avec la mise sur le marché d’un taxi.
En 1912, la Buchet de type A voit le jour.

Buchet de type A ou 1912- musées de Châtellerault- © Alienor.org, Musées de Grand Châtellerault
Le système d’immatriculation
Bien sûr, notre Buchet de type A porte une plaque d’immatriculation.
Le premier système d’immatriculation naît à Lyon en 1891. Avec l’arrivée des véhicules motorisés, les accidents sont de plus en plus nombreux, en particulier dans le parc de la Tête d’Or.
Afin de pouvoir identifier facilement ceux qui causent ces accidents, un système de plaques est mis en place.
En 1893, une ordonnance rend obligatoire, de façon générale, les plaques sur les véhicules qui possèdent un moteur. Cette plaque doit être mise sur la gauche du véhicule et comporter le nom de son propriétaire ainsi que son adresse.
Le décret qui généralise l’usage des plaques d’immatriculation sur tout le territoire date de 1901, pour tout véhicule qui excède plus de 30 km/h.
Le Service des mines délivre cette fameuse plaque, d’où la plaque minéralogique !
Elle se compose de trois chiffres et d’une ou plusieurs lettres, inscrits en blanc, sur un fond noir. Cette plaque se met à l’avant et à l’arrière du véhicule et, bien sûr, visible de nuit.
La nuit, le numéro d’ordre d’arrière devra être éclairé. On pourra à cet effet, soit éclairer par réflexion la plaque employée pendant le jour, soit substituer à celle-ci une lanterne disposée comme le porte l’arrêté ; le choix des moyens est laissé aux intéressés.
La lecture du numéro d’ordre, rendue ainsi possible à distance, qu’il fasse jour ou non, constituera l’un des éléments utiles pour identifier les conducteurs d’automobiles qui se rendraient coupables de contraventions.
D’autre part, c’est la responsabilité du constructeur que le règlement met en jeu pour l’indication de la vitesse maximum à laquelle l’automobile est capable de marcher en palier, ainsi qu’il sera expliqué au paragraphe 4
L’intégralité du décret se trouve sur Gallica, ici.
Notre Buchet porte la plaque 285-Z1, immatriculée dans l’Aisne. En trois ans, elle passe entre les mains de trois propriétaires.
Les propriétaires
1- Jules MARCHAND
Jules Albert MARCHAND voit le jour le 18 juillet 1874, dans le 17ᵉ Arrondissement de Paris. Il est le fils de Jean-Baptiste, quarante-cinq ans, employé au chemin de fer, et d’Estelle Robertine CHARPENTIER, trente-six ans.
À l’âge de dix-neuf ans, Jules s’engage volontairement. Entre le 21 octobre 1893 et le 29 septembre 1896, il se trouve au 119ᵉ Régiment d’Infanterie.
Le 15 mai 1901, il épouse Renée Marie Raymonde DESAIN, à Moyvillers, dans l’Oise.
L’année suivante, le 25 novembre, Renée donne naissance à une fille, prénommée Raymonde Renée Juliette Noémie.
En 1905, la famille quitte Moyvillers et s’installe à Soissons. C’est dans cette ville, que le 26 septembre 1908, Renée accouche d’une seconde fille. L’enfant porte les prénoms d’Huguette Robertine Renée Juliette.
Quatre ans plus tard, le 26 février 1912, une nouvelle fille agrandit la famille. Elle s’appelle Yvonne Marie Renée Juliette.
Le 1ᵉʳ août 1914, la guerre éclate. Jules n’y échappe pas. En tant que GVC, il s’assure que les jeunes soldats rejoignent bien leur caserne, mais est aussi en charge de la surveillance des lignes de chemins de fer et de télécommunications.
En 1917, Jules bénéficie d’un sursis d’appel en tant qu’architecte. La guerre n’est pas encore finie, mais il faut reconstruire le pays.
Le 17 juin 1922, Jules déclare son véhicule à l’administration des mines. Il est le propriétaire d’une Buchet de type A, d’une puissance de 12 chevaux (12 HP à l’époque).
Le 4 juillet 1922, elle est immatriculée sous le numéro 285 – Z1 par le service des mines.

Registre d’enregistrement- N°1 à 10801- 2 S 1/37- AD02
L’année suivante, la Buchet passe entre les mains d’un autre propriétaire.
2- Charles REYNES
Pour ce propriétaire, il s’agit simplement d’une hypothèse. Aucun document ne permet d’affirmer ou d’infirmer qu’il s’agit bien de lui. Cependant, un élément rend cette hypothèse plausible.
Charles Albert REYNES vient au monde le 23 octobre 1898, à Saint-Brice-la-Forêt (Val-d’Oise). Il est le fils de Jules Albert, maçon, bientôt vingt-trois ans et de Clémentine LADERRIERE, dix-neuf ans.
Théoriquement, le jeune Charles aurait dû effectuer son service militaire à partir de 1919 (classe 1918), mais la guerre fait rage et l’armée a besoin de soldats.
C’est ainsi qu’en 1917, Charles est envoyé au front. À ce moment-là, il est terrassier gazier.
Au 1ᵉʳ mai de cette année-là, il est canonnier conducteur au 102ᵉ Régiment d’Artillerie Londres.
En 1919, il passe dans différents régiments d’escadrons de train.
Dès décembre 1920, il est employé permanent à la Compagnie des chemins de fer du Nord.
Cette compagnie a pour but de relier Paris à la frontière belge. Pour cela, il faut passer par Soissons et ses environs.
C’est ce petit détail qui m’a fait choisir ce Charles REYNES.
Le 22 avril 1922, il épouse à Saint-Brice-sous-Forêt, Claire Louise PELLETIER.
En septembre 1923, Charles vit à Acy. Le 3 du même mois, il déclare être le propriétaire de la Buchet de type A, immatriculée 285-Z1.

Registre d’enregistrement- N°10802 à 15977- 2 S 1/38- AD02
Il était sûrement sur place pour le travail et garde le véhicule tout juste un an.
3- Augustin MALARME
Marcel Augustin MALARME naît le 10 janvier 1900 à Corcy, dans l’Aisne. Il est le fils d’Augustin Alphonse, vingt-neuf ans, manouvrier et d’Eugénie Julie FOSSIEZ, vingt-et-un ans.
Le 28 août 1918, le jeune Augustin, dix-huit ans, s’engage volontairement dans l’armée pour toute la durée de la guerre. Augustin n’ira pas au front et participera depuis l’arrière.
En 1920, année théorique de son service, Augustin bénéficie d’un sursis d’appel. Il demande à ce que le temps qu’il a passé à la guerre soit comptabilisé comme un temps de service militaire.
Les autorités acceptent sa demande, mais Augustin, qui a seulement un an, deux mois et vingt-cinq jours de service à son actif, doit faire quelques mois de plus.
Il rejoint ses camarades soldats du 9 juin 1921 au 24 février 1922.
Le 8 mai 1923, Augustin épouse Paulette Alfrédine FORET, de quatre ans sa cadette. La cérémonie a lieu à Villers-Hélon. Ensemble, ils ont au moins deux enfants.
Le 19 septembre 1924, Augustin déclare être le propriétaire d’une Buchet de type A.

Registre d’enregistrement- N°21102 à 27423- 2 S 1/40– AD02
C’est ainsi que Jules, Charles et Augustin se transmettent la Buchet de type A en l’espace de deux ans.

Registre de déclaration- Z1 n° 1000 à 4999- 2 S 1/34- AD02
Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G
Toujours un plaisir de lire tes articles🥰
Merci Christelle 🤗
Tu as bien réussi le défi!👍
Merci Véronique 😊