Vous avez au moins une fois dans votre vie entendu parler de Fest-Noz, cette fête où l’on enchaine les danses bretonnes jusqu’au bout de la nuit. 

À vrai dire, nous n’avons pas besoin d’un Fest-Noz pour danser, toutes les occasions sont bonnes. 

Mais connaissez-vous l’origine de ces Fest-Noz ? 

Avant de commencer, petit point de vocabulaire.

Fest-Noz se traduit par Fête de Nuit, par opposition à Fest-Deiz, qui se traduit par Fête de Jour.

L’entraide agricole

Lorsque vient le temps des moissons, la famille, les amis, les habitants du village s’entraident.

Du lever au coucher du soleil, il faut travailler dans les champs pour la récolte du blé, des betteraves, des pommes de terre… Les journées sont longues et épuisantes.

À la nuit tombée, tout le monde se réunit dans la cour de la ferme ou sur la place du village.

Après le repas vient la veillée. Chacun s’installe autour du feu pour écouter les contes et légendes connues dans toute la région.

Les sonerien1 avec leurs bombardes et leurs binious ne sont pas loin. Dès qu’ils commencent à jouer, tout le monde vient danser.

Joueurs de bombarde et de biniou lors d'un Fest-Noz

Joueurs de bombarde et de biniou- Fond Villars- Archives Départementales du Finistère- 21 Fi 2962

La danse est un moment convivial et rassembleur. Toutes les générations se mêlent, mais aussi tous les niveaux sociaux. Il n’y a plus de barrière.

Il faut tout de même penser à dormir un peu avant de reprendre le travail le lendemain.

En plus d’être un moment de détente, la danse bretonne a aussi une utilité dans le monde agricole.

Une fois que le blé est coupé, il faut séparer les grains. Pour cela, il faut une aire à battre la plus plate possible.

Comment faire ? En dansant, bien sûr ! Il existe même la fête de l’aire à battre neuve.

L’idéal pour aplatir la terre est de danser le plinn. En ronde, les hommes et les femmes se placent en alternance.

Ils effectuent quatre ou cinq petits sauts sur place, se décalent avec un léger saut et ainsi de suite. Avec cette danse, la terre, bien souvent de l’argile, est bien aplatie.

Photographie d'une danse bretonne

Danse de l’Aire neuve à Penmarch- © Jérôme Kergourlay

Les noces bretonnes

Lors d’un mariage, on ne fait pas les choses à moitié. Pour ce jour particulier, 200 à 300 personnes peuvent être invitées, voire parfois jusqu’à plus de 1 000.

Carte postale ancienne montrant 1 800 personnes lors d'un banquet de mariage

Noce Bretonne- AD29- 2 Fi 303/340

Les familles ne regardent pas à la dépense pour faire appel aux meilleurs sonorien du secteur.

Dans son ouvrage « La tradition populaire de danse en Basse-Bretagne », Jean-Michel Guilcher écrit :

« Cette fête prolongée est occasion de plaisir pour tous. Non seulement les parents, amis, voisins, qu’on a conviés à y prendre part, mais les inconnus des villages éloignés, mais les étrangers mêmes s’il s’en présente, peuvent généralement prendre part à ce plaisir par excellence qu’est la danse. Chacun y trouve place au moment, au rang, dans la mesure, que la tradition lui fixe. »

Plusieurs danses rythment la noce, qui peut (pour les plus grandes) durer trois ou quatre jours.

Il faut noter que ces danses ont des spécificités locales.

En Cornouaille (Finistère Sud, Sud-Ouest des Côtes-d’Armor et la région du Faouët dans le Morbihan), il existe une danse d’honneur.

Cette danse s’effectue à la sortie de l’église, mais aussi dans la ferme où l’on célèbre la noce. Elle est bien sûr réservée aux jeunes mariés et à la famille très proche.

Elle est suivie par la danse du bouquet. Attention, si vous n’êtes pas mariés ou fiancés, vous ne pouvez pas y participer. Chacun danse avec SON conjoint.

Dans le Léon (Finistère Nord), les mariés dansent la gavotte à la sortie de l’église. Cependant, cette danse ne semble pas avoir de cérémonial particulier.

Après ces danses réservées pour les mariés, viennent les danses récréatives.

Avant d’atteindre le lieu du repas, chacun danse tout au long du chemin, allant de débit de boissons en débit de boissons.

Un peu comme aujourd’hui, le repas se ponctue par différentes danses (cela facilite la digestion !)

Ceux qui viennent sans être invités peuvent participer aux danses dès la fin du repas. Enfin, la dernière journée de la noce (seconde ou troisième), est généralement consacrée aux plus pauvres qui peuvent venir manger et danser.

Dans tous les cas, on danse une grande partie de la journée et de la nuit. Les sonorien sont infatigables !

Cortège d'un mariage en marche rythmé par la Bombarde

En route pour le Festin au son de la Bombarde- AD29- 2 Fi 303/343

Hormis les travaux agricoles et les mariages, il existe d’autres occasions de danser, telles que les foires et les pardons.

Vous l’aurez bien compris, il y a toujours une bonne raison de danser en Bretagne.

Le Fest-Noz

Le Fest-Noz (et Deiz) d’aujourd’hui est l’héritier de ces coutumes bretonnes.

Cette tradition a bien failli disparaitre avec une diminution de la pratique, dès 1914 dans certains cas. Cependant, grâce à de nombreux passionnés et à la création des premiers cercles celtiques dans les années 50, elle est encore bien présente.

La danse bretonne est même aujourd’hui l’un des symboles de la Région.

Depuis 2012, le Fest-Noz fait partie Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Les danses les plus connues sont l’An Dro et la Gavotte. Il existe de multiples danses avec des particularités régionales.

Si vous pratiquez la première, assurez-vous d’avoir un petit doigt bien échauffé, la preuve en images.

Tous les ans, des milliers de Fest-Noz ont lieu en Bretagne. Si vous passez dans le coin cet été et que vous souhaitez participer à l’un d’eux, rendez-vous ici.

Bien évidemment, qui dit danse bretonne, dit aussi costume, mais ça, c’est une autre histoire.



Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.

  1. Sonerien : Sonneurs ↩︎

4 Comments

  1. Merci Noëline pour cet article superbement illustré. Les fest-noz sont une véritable célébration de la culture bretonne, où musique, danse et convivialité se mêlent pour créer une ambiance unique. A découvrir d’urgence pour ceux qui ne connaissent pas !

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