
Un mariage intergénérationnel
À la lecture des actes de mariage de vos ancêtres, vous avez peut-être remarqué une grande différence d’âge entre les mariés. Il s’agit alors d’un mariage intergénérationnel.
Aujourd’hui, nous sommes, dans la majorité des cas, libres de choisir la personne avec qui nous allons partager notre vie.
Nos ancêtres, eux, n’avaient pas toujours, voire rarement, cette chance. Les mariages étaient arrangés pour créer des alliances entre deux familles, permettre à un veuf ou à une veuve de ne pas élever seul ses enfants, permettre à un homme d’avoir une descendance… Bref, les possibilités sont multiples.
Globalement, les époux sont dans la même tranche d’âge. Cependant, il existe des mariages intergénérationnels. Cela signifie que l’on marie un neveu à sa tante ou que l’un des conjoints pourrait être le parent de l’autre.
Dans mon cas, c’est une grande différence d’âge entre les époux.
Trente-trois ans, voilà ce qui sépare Joachim LESAGE et Marie-Jeanne CAMIAT, mes Sosa 276- 277.
Voici leur histoire.
Joachim LESAGE
Joachim vient au monde le 12 ou le 13 juillet 1732, dans la petite paroisse des Istres-et-Bury, dans la Marne. Il est le fils de Claude et Hélène BONMARIEN. Le dimanche 13 juillet, il est conduit sur les fonts baptismaux par son père et ses parrain et marraine, Joachim GUILLAUME et sa fille, Marie.
Le petit garçon n’a pas encore sept ans lorsque, le 2 mai 1739, sa mère décède.
Ne pouvant élever seul ses jeunes enfants, Claude se remarie, le 22 février 1740, à Plivot, avec Marie-Anne HEURPE (de seulement huit ans sa cadette).
Joachim passe son enfance aux Istres-et-Bury avec son père, sa belle-mère et ses frères et sœurs.
Le 4 février 1755, Joachim, jeune homme de vingt-trois ans, se trouve dans l’église de Chouilly. Ce jour-là, il épouse Marguerite VALLOIS, demoiselle de vingt-deux ans.
Les nouveaux mariés s’installent aux Istres-et-Bury et y fondent leur foyer. Ensemble, ils ont sept enfants.
Après 1774, Joachim et sa famille s’établissent dans la paroisse voisine, Saint-Mard-lès-Rouffy.
C’est ici que, le 31 août 1784, meurt Marguerite, à l’âge de cinquante-et-un ans.
Le lendemain, elle est inhumée en présence de Joachim et de trois de leurs fils, Claude, Pierre et Louis.
Comme beaucoup de mes ancêtres, Joachim, en pleine cinquantaine, aurait pu rester veuf. Après tout, ses enfants encore en vie sont majeurs, voire pour certains mariés.
Mais le destin lui fit croiser le chemin d’une jeune fille.
Marie-Jeanne CAMIAT
Marie-Jeanne vient au monde le lundi 17 juin 1765 dans l’ancienne paroisse de Villeneuve-lès-Rouffy. Elle est la fille de Jean et Bonne Marguerite QUENTIN.
Le jour-même, son père la porte sur les fonts baptismaux, en présence de Joachim BRUNET et Marie-Jeanne BONNET, choisis pour être les parrain et marraine de la nouvelle-née.
Marie-Jeanne passe son enfance et son adolescence à Villeneuve-lès-Rouffy, entourée de ses parents, de son frère et de ses sœurs.
Durant sa jeunesse, Marie-Jeanne fait la rencontre de Joachim LESAGE. Se connaissaient-ils avant que Joachim devienne veuf ? Mystère ! (Avouez que, vous aussi, vous voulez savoir comment se sont rencontrés vos ancêtres).
Pourquoi donc Marie-Jeanne se marie-t-elle avec un homme qui pourrait-être son père ?
Un mariage intergénérationnel
Joachim et Marie-Jeanne se marient rapidement. En effet, le 13 février 1785, paraît le premier et unique ban. Ils ont ensuite obtenu la dispense pour les deux autres.
Le jeudi 17 février 1785, le curé de la paroisse de Saint-Mard-lès-Rouffy célèbre le mariage entre Joachim LESAGE, cinquante-deux ans, et Marie-Jeanne CAMIAT, dix-neuf ans.

Le père de Joachim est présent, tout comme les parents de Marie-Jeanne.
Les nouveaux mariés ont pour témoins Claude et Pierre LESAGE, fils de Joachim ; Jean CAMIAT, père de Marie-Jeanne et son parrain, Joachim BRUNET.
Ce mariage était-il si urgent ? Il semblerait qu’il aurait pu attendre un peu, mais…
… Tout juste six mois plus tard, Marie-Jeanne donne naissance à son premier enfant, un garçon prénommé Nicolas, voit le jour le 25 août.
Il y a bien évidemment l’hypothèse que l’enfant soit prématuré. Mais ce n’est pas le cas, car il n’aurait certainement pas survécu, et je ne serais pas là aujourd’hui.
Joachim et Marie-Jeanne se seraient donc connus charnellement avant le mariage.
Ce mariage était-il précipité ou non ? Après tout, je n’exclus pas le mariage d’amour. Ne dit-on pas que l’amour n’a pas d’âge ?
Une vie de famille
Après leur union, Joachim et Marie-Jeanne restent à Saint-Mard-lès-Rouffy.
Rapidement, deux petites filles, Marguerite Angélique et Marie Hyacinthe Jeanne, viennent agrandir la famille, respectivement en 1787 et 1789.
Le 14 juillet 1789 débute la Révolution française avec les changements que nous connaissons.
En 1792, Marguerite Louise Michel vient au monde.
Le 24 novembre 1793, la Convention nationale promulgue le calendrier républicain. Désormais, l’année commence le 1ᵉʳ vendémiaire (entre le 22 et le 24 septembre en fonction des années).
Joachim s’investit dans la vie politique de sa commune.
À la fin du mois de frimaire an II, il apparaît dans les registres d’état civil en tant qu’officier public, membre du conseil général de la commune.
C’est ainsi que, le 30 ventôse an II, Joachim comparait devant lui-même pour déclarer la naissance de sa fille, Marie-Elisabeth.
Il signe l’acte à deux reprises, précisant : J LESAGE père et J LESAGE officier public.


À partir de l’an III, il n’apparaît plus en tant qu’officier public. L’aventure aura été de courte durée.
Après Marguerite, c’est un nouveau petit Nicolas qui voit le jour en l’an IV. Malheureusement, le bébé vit seulement trois mois.
Une fin tragique
Entre l’an IV et l’an V, la famille quitte Saint-Mard-lès-Rouffy pour venir s’installer aux Istres-et-Bury, commune natale de Joachim.
C’est ici que Marie-Françoise Mélanie et Marie-Suzanne voient le jour, en l’an V et VII. Tout comme leur frère Nicolas, elles décèdent en bas âge. Marie-Françoise vit deux mois et demi et Marie-Suzanne, seulement trente-six jours.
Le 11 messidor an VIII, Joachim se rend à la mairie. Il vient déclarer la naissance de son neuvième enfant avec Marie-Jeanne. L’enfant, une petite-fille, est prénommée Éléonore.
Deux mois plus tard, le 27 fructidor, Joachim LESAGE décède, chez lui, aux Istres-et-Bury, à l’âge de soixante-huit ans.
Il laisse derrière lui une jeune veuve de trente-cinq ans avec six jeunes enfants.
Le deuil frappe de nouveau la famille, cinq mois après la mort de Joachim. Le 18 pluviôse an IX, la petite Eléonore décède à son tour.
Le lendemain, Marie-Jeanne se rend elle-même à la mairie pour déclarer le décès de sa fille.
Le 1ᵉʳ vendémiaire de l’an XIV, un nouveau drame se produit. Ce jour-là, Jean-Baptiste LAMBERT et Joseph Rémy POIRIER découvrent un corps dans les marais d’Athis.

Ce corps, c’est celui de Marie-Jeanne CAMIAT.
L’an quatorze de la République, le deuxième jour du mois de vendémiaire à midi. Par-devant nous Maire et officier de l’état civil de la commune d’Athis, Département de la Marne, canton d’Ecury-sur-Cool sont comparu Jean-Baptiste Lambert, âgé de trente-huit ans et Joseph Rémy Poirier, âgé de trente-neuf ans, tous deux cultivateurs demeurant audit Athis, lesquels nous ont déclaré que le jour d’hier vers six heures du soir, ils ont trouvé le corps de Marie-Jeanne Camiat, veuve de défunt Joachim Lesage, demeurante à Bury, fille de défunt … Camiat et de … demeurant à Villeneuve, qui était décédée dans le marais dudit Athis en la contrée appelée la chaussée de l’étang, dont il a été dressé procès-verbal par l’adjoint du maire de l’étude du cadavre et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite.
Accident, suicide, meurtre ? Pour l’heure, le mystère demeure entier.
Article écrit dans le cadre du challenge Upro-G
32 ans, c’est le plus grand écart d’age entre époux dans ma généalogie
Il faut que je revérifie mes SOSA, mais je crois que j’ai aussi un monsieur d’une cinquantaine d’années qui épouse une jeune fille de seize ans 🤔