
Yves Marie JONCOUR, clairon aux Chasseurs Alpins
Yves Marie JONCOUR, mon trisaïeul, est l’un des nombreux soldats de la Première Guerre Mondiale. Durant le conflit, il a fait partie du 1ᵉʳ Bataillon Territorial des Chasseurs Alpins (chasseurs à pied)
L’enfance
Yves Marie vient au monde le mardi 19 janvier 1875, à Plounéour-Ménez, au moulin du Ster. Son père, François JONCOUR, est âgé de vingt-cinq ans. Il est meunier. Sa mère, Marie-Yvonne GOARNISSON, est âgée de trente-cinq ans. Elle est ménagère.
Yves Marie est le second enfant du couple. Son ainée, Marie-Anne Perrine, est née deux ans plus tôt, en 1873. Deux petites sœurs naissent après lui. Catherine Yvonne, en 1876, et Marie-Françoise, en 1879.
Extrait de la Carte de l’Etat-Major- IGN
Le service militaire
Le tirage au sort
En 1895, Yves Marie JONCOUR a vingt ans. Le Maire de la commune, Guillaume PLASSARD, l’inscrit sur un tableau de recensement.
L’année suivante, Yves Marie a vingt-et-un ans. Il se rend à Saint-Thégonnec, chef-lieu de son canton, pour participer au tirage au sort.
Présentation rapide du tirage au sort
Cette étape est importante dans la vie des hommes. Elle marque le passage de l’enfance à l’âge adulte.
Le jour du tirage, les jeunes garçons se présentent au chef-lieu de canton. Ils portent leurs habits du dimanche. Ils sont accompagnés parles hommes de la famille.
En fonction du numéro tiré (petit ou grand), le jeune homme, est inscrit ou non sur la liste du contingent.
Après le tirage, il passe un examen médical. Pour être jugé aptes au service, il doit être en bonne santé et mesuré au minimum 1,54 m.
Si le jeune garçon est trop petit, il n’est pas en mesure de supporter les fatigues liées à l’armée. Il ne peut porter le sac de 33 kg et de marcher avec sur de nombreux kilomètres.
Le service actif
Le samedi 14 novembre 1896, Yves Marie intègre le 118ᵉ Régiment d’Infanterie. Il part pour trois ans de service militaire. Son matricule de recrutement est le 357.
Yves Marie JONCOUR mesure 1,64 m. Il est châtain aux yeux gris. Son front est ordinaire, sa bouche et son nez moyens. Il a une fossette au menton. Son visage est ovale. Il sait lire et écrire.

Extrait de la fiche matricule d’Yves Marie JONCOUR- Archives Départementales du Finistère- Cote 1 R 1155
Le 20 septembre 1899, après trois années de service actif, Yves Marie revient à Resloas. Il y retrouve ses parents et ses sœurs.
Sa vie de famille
Le dimanche 7 février 1904, Yves Marie JONCOUR, cultivateur, âgé de vingt-neuf ans, épouse Marie-Anne LE MER. Tout comme sa femme, Yves Marie signe son acte de mariage.

Le samedi 31 décembre 1904, à dix heures du matin, Marie-Anne met au monde son premier enfant. C’est un garçon, prénommé François-Marie.
En 1906, ils vivent tous les trois chez les parents de Marie-Anne. Jean-Yves et Jean-Pierre, ses beaux-frères, sont également présents.
Le vendredi 6 août 1909, à neuf heures du matin, Marie-Anne donne naissance à son deuxième enfant. C’est une fille, prénommée Maria.
Yves Marie JONCOUR et Marie-Anne LE MER quittent Resloas. Ils ne vont pas bien loin. Ils s’installent dans le hameau voisin, Cosvern.

Extrait de la Carte de l’Etat-Major- IGN
Une nouvelle petite fille, Bernardine, y nait le jeudi 18 janvier 1912 à onze heures du matin.
Le jeudi 17 avril 1913, Yves Marie est âgé de trente-huit ans. Ce jour-là, à quatre heures du matin, sa mère, Marie-Yvonne GOARNISSON décède. Âgée de soixante-quinze ans, elle meurt chez elle, au hameau de Resloas.
La Mobilisation Générale
Le samedi 1ᵉʳ août 1914, Raymond POINCARE, Président de la République, lance l’ordre de mobilisation générale. Dès le lendemain, une affiche est placardée partout dans le pays.

Ordre de Mobilisation Générale- BNF
Yves Marie est rappelé à l’activité. Il quitte son épouse et ses trois enfants, âgés de deux à neuf ans.
Il se munit de son ordre de mobilisation, qu’il trouve dans son livret militaire. Toutes les informations nécessaires s’y trouvent (son régiment, le moyen de s’y rendre …).
Il rejoint son régiment, le 87ᵉ Régiment d’Infanterie Territorial, à Brest. Yves Marie y a effectué une période d’exercice du 20 au 28 avril 1911.
Yves Marie arrive à Brest le lundi 3 août 1914.

Le 87e RIT est dans un premier temps affecté à la surveillance côtière. Dans le Finistère, les hommes sont chargés de protéger l’Arsenal de Brest.
Dans la nuit du 22 au 23 août 1914, le Régiment reçoit l’ordre de se rendre sur le front.
Ne faisant partie d’aucune formation militaire, le 87e RIT est divisé en plusieurs bataillons, répartis dans les autres formations militaires au gré des besoins et se retrouve ainsi dispersé.
Arsenal de Brest- Juin 1910- Archives Départementales du Finistère- 1 Fi 57
Le samedi 6 novembre 1915, Yves Marie JONCOUR intègre le 1er Bataillon Territorial de Chasseurs Alpin à pied.
Décès du clairon Joncour Yves, Mort pour la France
Le dernier combat
Le lundi 2 octobre 1916, Yves Marie se trouve au village de La Beu, sur la commune d’Orbey. Il occupe le poste de guetteur. Yves Marie surveille les lignes ennemies.
Yves Marie est clairon. Il est, par conséquent, chargé de la transmission des ordres militaires. Il peut aussi bien sonner une attaque, une charge ou encore un cessez le feu.
Ce jour-là, un violent bombardement a lieu. Yves Marie est en première ligne.
Une mine éclate. Elle touche mortellement Yves Marie. Il tombe sur le champ de bataille à dix-neuf heures.
Le jeudi 19 octobre 1916, Yves Marie reçoit une citation à l’ordre du Bataillon.

Excellent clairon qui depuis le début de la campagne a fait preuve des plus belles qualités de sang-froid. Il a été mortellement frappé à son poste de guetteur le 2 oct 1916 alors qu’il surveillait la ligne ennemie sous un violent bombardement.
Extrait de la fiche matricule d’Yves Marie JONCOUR- Archives Départementales du Finistère- Cote 1 R 1155
Prévenir la famille
Le mardi 7 novembre 1916, le Chef du bureau de la compatibilité du 11ᵉ Bataillon de Chasseurs à pied, le lieutenant POUJOL, adresse au Maire de la commune de Plounéour-Ménez ce courrier :

Annecy, le 7 novembre 1916
Le Chef du Bureau de Comptabilité du 11ᵉ Bataillon des Chasseurs à pied, à Monsieur le Maire de Plounéour-Ménez (Finistère)
J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien prévenir, avec tous les ménagements possibles en la circonstance, la famille Joncour, résidant à Cosvern, commune de Plounéour-Ménez, du décès du clairon Joncour Yves, Mort pour la France, le 2 octobre 1916, à Didier-Haut, commune d’Orbey (Alsace).
Inhumé, cimetière du camp d’Ancel, secteur de Blancrupt, commune d’Orbey (Alsace)
Je vous serai très obligé de présenter à la famille, les condoléances de Monsieur le Ministre de la Guerre, et de me faire connaitre la date à laquelle votre mission aura été accomplie.
Source : Archives Départementales du Finistère- Cote 12 U 23/37
Le Maire de la commune, Yves CREN, est absent. Il est, lui aussi, au front. Jean-Marie MESSAGER, conseiller municipal, le remplace. C’est à lui que revient la lourde tâche d’informer les familles du décès de leurs proches.
À la fin de l’année 1916, muni de l’écharpe tricolore, Jean-Marie MESSAGER se rend au hameau de Cosvern. Il informe officiellement Marie-Anne LE MER que son époux, Yves Marie JONCOUR, est mort au combat. Elle se retrouve ainsi veuve, avec trois enfants, âgés de quatre à douze ans.
Acte de décès et sépulture
Jean-Marie MESSAGER transcrit, sur les registres de la commune, l’acte de décès d’Yves Marie, le mardi 26 juin 1917.

Source : Archives Départementales du Finistère- Cote 3 E 242/51/13
L’an mil neuf cent seize, le quatre du mois d’octobre, à quinze heures quinze minutes, étant au camp du Reichberg inférieur, commune de Valtim (Vosges). Acte de décès de Joncour Yves Marie, clairon à la deuxième compagnie du premier bataillon territorial de chasseurs alpains, né le dix-neuf janvier mil huit cent soixante-quinze à Plounéour-Ménez, canton de Saint-Thégonnec (Finistère), n° matricule 357 au registre matricule du recrutement de Brest, n°5664 au corps, décédé à Henri-Haut, point d’appui Xᵉ commune d’Orbey (Alsace) le deux octobre mil neuf cent seize à dix-neuf heures, Mort pour la France, tué par l’éclatement d’un minen en première ligne, fils de François et Marie-Yvonne Goarnisson.
Conformément à l’article 77 du Code civil, nous nous sommes transportés auprès de la personne décédée et assurés de la réalité du décès. Dressé par nous Canelle Just Athanase, Lieutenant chargé des détails au premier bataillon territorial de chasseurs alpin, chevalier de la légion d’honneur, officier de l’état civil, sur la déclaration de Bocquet Eugène, caporal à la deuxième compagnie du premier bataillon territorial de chasseurs alpins, âgé de trente-huit ans et de Merret René, chasseurs de deuxième calsse à la deuxième compagnie de même bataillon, âgé de trente-neuf ans, témoins, qui ont signé avec moi après lecture, non parents.
Mention additive
L’acte ci-contre est incomplet sur les points suivants :
Le défunt, domicilié à Plounéour-Ménez, canton de Saint-Thégonnec (Finistère), était époux de Mer Marie-Anne.
Yves Marie JONCOUR repose à la nécropole nationale du Col de Wettstein à Orbey. Sa tombe individuelle porte le N°375.
Son nom est gravé sur le Monument aux Morts de Plounéour-Ménez. Malheureusement, avec le temps, il s’efface peu à peu.

Plaque du Monument aux Morts de la commune de Plounéour-Ménez
Article écrit dans le cadre des ateliers blog de CLG Formation-Recherches.
Encore un brave soldat qui laisse une veuve et des orphelins. Bel article bien raconté et bien illustré. J’adore la façon de présenter la chronologie. Tu utilises une extension pour cela ?
Merci beaucoup Olivier 😊
Pour la chronologie j’ai utilisé l’extension Timeline Block 😉
Très bel article, encore une vie sacrifiée et une famille brisée. Toute une génération a perdu ses enfants, c’est un très bel hommage à tous les soldats pour qu’ils ne restent pas anonymes, un simple numéro sur une liste. J’aime beaucoup les illustrations, beau travail de recherches.
Merci Magali 🙂
Une vie parmi des millions de braves soldats qui se sont tous courageusement battus.
Et voila encore une belle histoire bien triste, comme on en trouve tant en temps de guerre…
Je pense qu’il y a un petit souci dans ton texte, à partir de « Le lundi 2 octobre 1916 » et sur la phrase suivante. Tu y répètes que Yves Marie est clairon.
Sinon, c’est très bien raconté, bravo!
Merci David 🙂
C’est vrai que ça fait doublon, j’ai modifié la phrase.
C’est un très bel article Noëline
Le mode de recrutement est bien raconté
Les explications complémentaires sont intéressantes. Et bravo pour la frise, c’est original
C’est un bel hommage que tu as fait à ton trisaïeul
Merci beaucoup Véronique 😊
Il m’a fallu un peu de temps pour trouver un moyen de créer la chronologie que j’avais en tête.
Merci pour cet article bien documenté, j’ai écrit la biographie de mon arrière-grand-père chasseur alpin. La Bataille du Linge a été très meurtrière, je suis allée l’été dernier visiter le mémorial et les cimetières dont, celui du Wettstein. C’était très émouvant. Ecrire leur histoire, c’est leur rendre hommage.
Merci beaucoup Emmanuelle 😊
J’imagine à quel point cela doit être émouvant. J’espère pouvoir me rendre sur sa tombe un jour.
Bel hommage à ton trisaïeul Noëline. Il laissera derrière lui une veuve et des orphelins 🙁
Merci Alexandra
Des orphelins qui n’ont jamais oublié leur père. Lorsque j’étais petite, je me souviens de voir chez eux un petit cadre avec le courrier officiel annonçant son décès et une photo de lui.